3
Août
2026
0

L’attentat de Lockerbie, raconté en détails par la BBC et Netflix

L’affaire de l’attentat dit de Lockerbie, appelée aussi l’affaire du vol Pan Am 103, intervenu le 22 décembre 1988 au-dessus de cet village d’Ecosse, tuant 270 personnes, continue de passionner les médias anglo-saxons, à quelques semaines du début du procès, aux Etats-Unis, de l’artificier présumé de l’attentat, un Libyen arrêté en 2022, surnommé Masud. Je recommande vivement ces deux séries:

La BBC 4 a réalisé une série de podcasts audio, titrée « Lockerbie », en six épisodes de 30mn chacun, diffusée dans son émission « Intrigue« , et réalisée par Myles Bonnar (BBC Scotland), avec la productrice Caitlin Smith. La série radio explore dans le détail l’attentat, l’enquête, les différentes théories et le procès à venir. Elle évoque surtout en détail, avec moi, les « Senussi Files » (épisode 5), les documents issus des archives d’Abdallah Senoussi, chef des services secrets et chef d’orchestre de l’attentat, que nous avons révélés dans notre livre « L’assassin qu’il fallait sauver« , paru l’an dernier chez Robert Laffont. Ces documents sont particulièrement éclairants sur le rôle présumé de Senoussi et d ses lieutenants Megrahi, Fhimah, ainsi que le présumé artificier Masud. La série Lockerbie est à découvrir ici.

 

 

 

 

Par ailleurs, depuis le 31 juillet, Netflix a mis en ligne la série de fiction télévisée, co-produite avec la BBC, titrée « L’attentat du vol Pan Am 103 ».

Contrairement à une première série diffusée en 2024 par Sky avec Colin Firth, qui racontait l’affaire du point de vue du combat pour la justice Dr Jim Swire, père d’une victime, convaincu que la Libye n’est pas coupable, la nouvelle série Netflix-BBC raconte, d’un point de vue plus général, l’ensemble de l’affaire, se concentrant notamment sur l’enquête menée principalement par la police écossaise et par le FBI. Elle a permis, après de longs mois et de nombreuses fausses pistes, d’incriminer deux Libyens, Megrahi et Fhimah, dont le premier seulement a finalement été condamné par un tribunal en 2001.  La série l’attentat du vol Pan Am 103 est à découvrir ici.

22
Juin
2026
0

L’attentat du DC10 d’UTA dans « Affaires sensibles » sur France 2

L’équipe de la célèbre émission « Affaires sensibles » sur France Inter, animée par Patrice Drouelle, réalise régulièrement tdes documentaires diffusés sur France 2. Ce mois-ci, ils se sont emparés de l’affaire de l’attentat du DC10 d’UTA, avec un film de 45 mn, qui résume très bien l’enquête menée en France depuis la tragédie du 19 septembre 1989, qui a tué 170 personnes au dessus du Ténéré, commanditée par le régime libyen de Kadhafi.

S’appuyant principalement sur les témoignages précis et émouvants de trois membres des familles de victimes (Danièle Klein, Yohanna Brettes et Guillaume Denoix de Saint-Marc), le film évoque, dans les grandes lignes, les étapes de l’enquête judiciaire menée par le juge Jean-Louis Bruguière et les éléments l’ayant conduit à incriminer six Libyens, dont Abdallah Senoussi, tous condamnés à la prison à vie, par contumace, lord d’un procès qui s’est tenu en 1999. Il raconte ensuite le long combat des victimes pour obtenir une réparation, la manière dont la raison d’Etat leur a souvent été opposé et, surtout, leur surprise de découvrir l’affaire Sarkozy, mis en cause avec plusieurs de ses proches pour avoir dealé un pacte de corruption avec Senoussi en 2005 et jugés en appel ces derniers mois.

Nous avons été interviewés, Karl Laske et moi, dans le cadre de ce film, pour évoquer le détail de l’affaire du DC10 UTA, que nous avons raconté en détails, avec de nouveaux documents, dans notre livre « L’assassin qu’il fallait sauver« , paru l’an dernier chez Robert Laffont.

L’émission TV d’Affaires sensibles, diffusée le 21/6_2026 est encore visible jusqu’au 29/12/2026 sur le lien suivant

       

 

 

 

 

 

 

 

 

 

10
Juin
2026
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Violences sexuelles sur mineurs: l’étrange amnésie du ministre Darmanin

L’affaire Lyhanna, déclenchée par l’assassinat début juin de cette fillette de 11 ans par un suspect, qui était déjà visé par des plaintes pour des violences sexuelles présumées sur mineurs, lesquelles n’avaient pas été traitées correctement, indigne l’opinion sur les défaillances de l’institution policière et judiciaire à prévenir ces crimes. Aussitôt, le Garde des Sceaux, Gérald Darmanin, sur la défensive, a exigé que soient passés au crible dans tous les tribunaux de France des 70 000 affaires de cette nature restées en souffrance ces derniers temps. Et l’exercice a révélé, mi juillet, plusieurs centaines de cas graves, qui ont conduit à l’incarcération préventive de plusieurs centaines de suspects.

Mais cette mobilisation suite à ce drame ne peut faire oublier que le problème du traitement des plaintes dans les commissariats, les gendarmeries et les tribunaux n’est pas nouveau. Et le ministre de la Justice, Gérald Darmanin, a bien la mémoire courte, lui qui fut en place au ministère de l’Intérieur durant plus de cinq et n’a pas fait grand chose pour endiguer un phénomène dénoncé de longue date par les spécialistes de la police judiciaire.

Déjà, l’assassinat, le 4 mai 2021, de Chahinez Boutaa, brûlée vive par son mari alors qu’elle avait prévenu la police de Mérignac des menaces qui pesaient sur elle, avait provoqué le même type d’indignation et une mobilisation soudaine des ministres de l’Intérieur et de la Justice. Pour éviter le « syndrome de Mérignac », Gérald Darmanin et Eric Dupond-Moretti avait donné des instructions urgentes afin de faire, toutes affaires cessantes, un audit de tous les dossiers de violences sexuelles et familiales restés en souffrance. Comme je l’avais révélé dans mon livre « Le côté obscur de la force », le bilan était désastreux: le nombre de dossiers en stock, non traités, était alors de 42 000 dossiers. Oui, 42 000 affaires dormant dans les tiroirs, sans aucun suivi ni enquête, dont des viols, des violences intrafamiliales graves…

Quelques mois plus tard, je consultais des documents internes à la police nationale indiquant que le montant total des affaires « en stock » au sein de la police et de la gendarmerie atteignait 2,63 millions de plaintes fin 2021. Et la montagne a continué de grimper à 2,7 millions de procédures en stock fin 2022, comme l’a établi un rapport confidentiel des inspections de la police et de la justice (daté de juin 2023, révélé par le Monde, cité dans mon édition de poche paru en avril 2025 – accessible ici, 2023 06 IGA Rapport stock DGPN – et republié par Médiapart ces derniers jours). Ce rapport soulignait que 40% de affaires en stock avaient plus de deux ans! Et les experts expliquaient que si rien n’était fait dans les mois et années à venir, le stock allait continuer de grossir.

Que s’est-il passé depuis ces audits alarmistes? Pas grand-chose. La filière de la police judiciaire est toujours en crise grave, les logiciels de traitements des procédures n’ont pas évolué, les moyens dévolus aux enquêtes et aux affaires de violences sexuelles et familiales n’ont pas été à la hauteur. La « découverte » de ces problèmes et de ces stocks d’affaires oubliées suite à l’affaire Lyhanna relève de l’ironie tragique.

23
Mar
2026
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Interventions dans les lycées et collèges sur l’investigation

Je suis régulièrement sollicité par des professeurs pour intervenir auprès de leurs élèves sur le métier de journaliste, ou sur l’investigation. Je ne peux pas toujours y répondre favorablement pour des questions d’emploi du temps, mais je le fais régulièrement, et avec plaisir, en expliquant les ressorts de notre métier, son utilité, ses méthodes. Je l’illustre toujours par de nombreux exemples d’enquêtes, de reportages.

Je suis ainsi intervenu le 14 janvier au lycée François Arago de Perpignan, à l’invitation d’une professeure, pour y présenter mon documentaire sur le procès des attentats du 13 novembre à plusieurs classes et débattre avec les lycéens du contexte de ces attentats, de la longue enquête judiciaire qui a suivi et du procès qui s’est déroulé de septembre 2021 à juin 2022. Les échanges furent très riches et les lycéens ont réalisé un gros travail sur la commémoration des attentats et mon témoignage, ainsi que celui de deux victimes d’attentats venues les rencontrer ensuite grâce à l’Association française des victimes du terrorisme, qui fait un travail pédagogique remarquable dans les milieux scolaires.

Le 13 mars, j’ai été convié par l’académie de Nîmes à expliquer le journaliste d’investigation auprès de professeurs, afin de les sensibiliser à ces problèmes, ainsi qu’à la prévention des fakes news, dans le cadre des programmes d’éducation aux médias. Le 23 mars, le lycée Gide d’Uzès m’a demandé d’intervenir auprès de lycéens sur la thème des « sources » et des « fake news ». Puis, je me suis rendu le 27 mars au collège de Sommières, afin d’échanger avec les collégiens sur le même sujet, dans le cadre de la semaine de la presse. Il s’agissait de leur part de m’interviewer sur mon métier, en lien avec l’équipe de Radio Sommières.

 

6
Déc
2025
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Rencontres avec David, ex-otage au Bataclan: « Je suis un passeur de mémoire »

Depuis 2019, j’ai suivi tous les préparatifs du procès des attentats du 13 novembre 2015, qui s’est ensuite tenu de septembre 2012 à juin 2022 au Palais de justice de Paris. Cela a nourri trois films documentaires, réalisés pour France 5 et LCP.

Dans le film « 13 novembre, l’audience est levée » cosigné avec Jean-Baptiste Péretié, nous avions suivi et interrogé plusieurs victimes du 13 novembre tout au long du procès. Parmi eux, David Fritz Goeppinger, jeune franco-chilien, qui fut l’un des otages du Bataclan. Depuis, nous sommes devenus amis et nous avons beaucoup échangés sur son expérience.

Le 12 novembre 2025, j’ai animé une rencontre avec David, en réponse à son invitation et celle de l’ambassade du Chili à Paris, en présence notamment de certains des « potages » du Bataclan, de l’ancien président François Hollande, de l’ancien président de la cour d’assises, Jean-Louis Périès, et de nombreux amis.

Le 4 décembre, j’ai convié David a venir à Uzès dialoguer avec les lecteurs à la Librairie de la place aux herbes (LPH), autour de son dernier livre, très riche et émouvant, titré « Il fallait vivre », paru en octobre chez Leduc. Ce fut un beau moment suspendu, qui a permis au public de mieux comprendre ce qui s’est passé il y a 10 ans et le parcours de David depuis une décennie.

Le lendemain, 5 décembre, ce sont trois classes de terminale du lycée Charles Gide d’Uzès qui ont pu échanger avec David sur son expérience, son traumatisme, sa vie à jamais changée et sa volonté de transmettre la mémoire de ces événements à la génération suivante. « Je suis un passeur de mémoire », dit-il.

 

 

 

 

 

David, ancien barman, devenu écrivain et photographe, a tenu un journal de bord durant le procès V13 pour France info. Il a écrit son deuxième livre pour raconter comment ce procès l’a transformé. Son récit, vivant, complet, dense, a passionné les lycéens qui ont continué de lui poser des questions bien après la fin de la rencontre. Ils l’ont aussi interrogé sur son personnage dans la série « Des vivants » de François-Xavier de Lestrade, récemment diffusée sur France 2, interprété avec brio par Thomas Goldberg. Ils voulaient ce qui était vrai et faux dans la fiction. David a répondu avec simplicité que l’essentiel était vrai.

Merci, David, pour ta disponibilité et tous tes mots qui nous ont tous marqué!

Son livre, que je recommande!

 

Ci-dessous la présentation de la rencontre à la Librairie de la place aux Herbes du 4 12 2025

Le soir du vendredi 13 novembre 2015, David, jeune barman chilien de 23 ans, tentait de fuir la tuerie en cours au Bataclan en se suspendant à une fenêtre donnant rue Amelot, scène captée par une vidéo. Obligé de revenir à l’intérieur, il a été retenu en otage pendant plusieurs heures, menacé de mort par les djihadistes, avant d’être sauvé avec les autres otages lors d’un assaut risqué de la BRI. Depuis, David a renoué avec ses « potages » du Bataclan, dialogué avec la BRI, pris la nationalité française, tenté de sortir du « trou noir », écrit un premier livre sur le traumatisme né de cette nuit tragique. Devenu chroniqueur et photographe, il a tenu un journal de bord pour France-Info lors du long procès « V13 » en 2021 et 2022.

Aujourd’hui, dix ans après, David publie un livre choc « Il fallait vivre », où il dévoile les coulisses de ce procès reconstructeur, son besoin de comprendre, la force du collectif et sa rage de (re)vivre malgré le trauma toujours là. Il s’active dans les associations de victimes du terrorisme et intervient dans les milieux scolaires. Il a été à l’origine de la série télévisée « Des vivants » de Jean-Xavier de Lestrade, (France 2), qui raconte, en fiction, avec grande justesse, la vie-d’après du groupe des « potages » du Bataclan, dont il fait partie

L’annonce de cette rencontre sur le Républicain d’Uzès: ici et le Midi libre ici 

Le compte-rendu de la rencontre avec les lycéens, sur le site du Républicain d’Uzès ici

12
Nov
2025
2

13 novembre: la menace djihadiste est-elle toujours forte?

Dix ans après les attentats du 13 novembre, sur lesquels j’ai beaucoup enquêté, des erreurs commises à l’enquête judiciaire jusqu’au procès historique qui s’est tenu en 2021-2022, nous n’en avons pas fini avec les menaces terroristes djihadistes. Moins de commandos projetés, plus de terrorisme inspiré, avec des recrues plus jeunes et sans affiliation.

C’est le constat que l’on dresse dans l’émission Débatdoc du mercredi 12 novembre, sur la chaîne LCP, animé par Jean-Pierre Gratin. J’ai eu le plaisir d’y participer, aux côtés de la chercheuse Anne-Clémentine Larroque et de l’ancien Procureur national antiterroriste (PNAT) Jean-François Ricard (2019-2024) qui vient de cosigner avec Gilles Kepel un livre rétrospectif très instructif « Antiterrorisme, la traque des djihadistes » (Plon).

Voici la présentation de l’émission à retrouver ici;

« Il y a dix ans, le 13 novembre 2015, la France était frappée par les attentats les plus meurtriers de son histoire contemporaine.
Après une décennie de lutte contre le terrorisme – marquée par la défaite de l’État islamique en Syrie, mais aussi par l’attentat du 14 juillet 2016 à Nice et les assassinats des professeurs Samuel Paty et Dominique Bernard – l’heure est au bilan : la France est-elle encore menacée par le terrorisme islamiste ? L’arsenal judiciaire et sécuritaire français est-il est à la hauteur des nouvelles formes que prend la menace terroriste ? Avons-nous enrayé la radicalisation à l’intérieur de nos frontières ? Sommes-nous la cible l’État islamique au Khorassan, branche régionale de Daesh recomposée en Asie centrale ?

Pour répondre à ces questions, Jean-Pierre Gratien reçoit Anne-Clémentine Larroque, chercheuse spécialiste de l’islamisme, Jean-François Ricard, procureur de la République antiterroriste entre 2019 et 2024 et Vincent Nouzille, journaliste d’investigation. »

 

18
Sep
2025
0

Révélations: le groupe Abou Nidal suspecté d’avoir participé aux attentats du DC10 d’UTA et de Lockerbie

(Read this article in english here 2025 09 18

Dans un article paru dans Mediapart le 18 septembre, Karl Laske (Mediapart) et moi révélons une nouvelle piste, à la suite de la publication de notre livre sur le terrorisme d’Etat libyen « L’assassin qu’il fallait sauver » paru en janvier. Dans le livre, des documents libyens issus des archives d’Abdallah Senoussi, ex-chef des services secrets de Kadhafi, détaillaient des préparatifs des attentats ayant visé un Boeing américain de Pan Am au-dessus de Lockerbie (Écosse) le 21 décembre 1988 (270 victimes) et celui contre le DC10 d’UTA le 19 septembre 1989 (170 victimes).

Certains de ces documents n’avaient, jusqu’à récemment, pas livré tous leurs secrets, par exemple la présence, plusieurs fois mentionnés, d’un mystérieux « Docteur » lors de réunions ou des tests d’explosifs, mi-1988, aux côtés de Senoussi et de ces équipes. Nous n’avions pu identifier ce personnage avant la publication du livre.

Mais de nouvelles sources, avec qui nous avons pu discuter depuis la publication, nous ont permis de découvrir son identité, en la personne d’un Palestinien surnommé le Dr Kamal. Or celui-ci était, à l’époque, l’un des principaux lieutenants d’Abou Nidal, le dissident palestinien radical, ayant fondé son groupe en 1974, le Fatah-Conseil révolutionnaire. Le groupe Abou Nidal, réputé pour ses actions terroristes dans les années 89, s’était installé à Tripoli sous la protection de Kadhafi et lui faisait bénéficier en retour de son expertise en matière de terrorisme, comme nous l’a confirmé un ancien porte-parole du groupe, Atef Abubaker dans une interview.

Pour la première fois, la participation du groupe Abou Nidal, via le Dr Kamal et d’autres membres du Fatah-CR, aux préparatifs des attentats du DC10 d’UTA et de Lockerbie est établi de manière certaine. Ce qui pourrait intéresser la justice française, ainsi que les autorités écossaises et américaines.

Dans notre dernier article, nous relatons ces faits nouveaux et révélons également que la justice française avait, depuis des années, des éléments permettant de corroborer cette hypothèse, dans le cadre d’une autre enquête, celle portant sur l’attentat de la rue des Rosiers, du 9 août 1982, attribué au groupe Abou Nidal, que les magistrats viennent de clore. Le personnage du Dr Kamal et son rôle possible dans les attentats du DC10 d’UTA et de Lockerbie sont mentionnés en effet dans leurs conclusions, rendues en juillet dernier. Cette information aurait pu être exploitée de longue date…

Voir notre article de Mediapart ici 2025 09 18 Attentats de Lockerbie et du DC-10 d’UTA Abou Nidal

et en anglais ici 2025 09 18  abu nidal & Lockerbie

Voir aussi notre article du début août sur l’ancien porte-parole du groupe Abou Nidal ici 2025 08 03  Je n’épargnerai pas ceux qui ont commis des crimes au nom du groupe Abou Nidal »

31
Juil
2025
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Révélations sur le pacte secret entre Mitterrand et le groupe terroriste Abou Nidal

  Les juges d’instruction ont rendu, le 31 juillet, leur ordonnance de mise en accusation de six personnes, suspectées d’avoir été les exécutants ou les complices de l’attentat de la rue de Rosiers, qui a tué six personnes et en a blessé 22 le 9 août 1982 à Paris. Après 43 ans d’enquête, l’une des plus longues de l’antiterrorisme français, la justice va donc organiser un procès, qui pourrait se tenir dans un an à 18 mois devant une cour d’assises spécialement composée.

L’enquête a notamment permis d’analyser la structure et les méthodes du groupe palestinien terroriste d’Abou Nidal, un dissident radicalisé de l’OLP (Organisation de libération de la Palestine, dirigé par Yasser Arafat). Dans les années 80, ce groupe, très structuré et militarisé, était considéré par les services occidentaux comme l’organisation terroriste la plus dangereuse au monde.

Avec mon collègue de Mediapart Karl Laske, nous publions ce 31 juillet, un article qui révèle les dessous d’un pacte avalisé au plus haut niveau par le président François Mitterrand avec le groupe terroriste le plus puissant de l’époque. Les documents d’archives que nous publions sont parfois stupéfiants tant ils semblent accréditer l’idée que la France était prête à tout pour ne plus subir les attaques du groupe Abou Nidal. Le chantage fonctionnait parfaitement, ainsi que la surenchère des terroristes, qui ont pourtant continué d’attaquer des Français par la suite (comme la prise d’otages d’une famille franco-belge en 1986-1987) et qui frappait parallèlement tous les pays voisins…

Des premières informations étaient apparues, ces dernières années, sur ces négociations secrètes, entreprises après l’attentat de la rue des Rosiers, par les services secrets français (la Direction de la surveillance du territoire-DST) avec le groupe Abou Nidal en vue de préserver le territoire français de futurs attentats. Plusieurs livres avaient en partie levé le voile sur le sujet, dont les mémoires d’Yves Bonnet (ancien patron de la DST, « Contre-espionnage », 2000), celles de son ancien directeur adjoint Raymond Nart  (« Carnets intimes de la DST, » 2003), et celles de Gilles Ménage (ancien directeur adjoint du cabinet du président Mitterrand, « L’œil du pouvoir, tome 3 », 2001 »).

J’ai moi-même enquêté sur le sujet pour mon livre « Erreurs fatales » (Fayard/LLL, 2017). Et j’ai co-signé avec le réalisateur Patrick Rotman en 2018 le documentaire « Histoire secrète de l’antiterrorisme » (France 2) où ce « pacte secret » avec Abou Nidal (photo ci-dessous) était confirmé par Yves Bonnet. Le juge Jean-Louis Bruguière, qui était alors en charge de l’enquête sur l’attentat de la rue des Rosiers, expliquait n’avoir pas été mis au courant de ces tractations avec le groupe terroriste sur lequel il cherchait des pistes et des informations.

Suite à ce documentaire, l’ancien patron de la DST Yves Bonnet, ainsi deux de ces anciens collaborateurs, Jean-François Clair et Louis Caprioli, avaient été entendus par le juge pour essayer de savoir ce qui s’était passé et si ces tractations avaient pu entraver l’enquête. Yves Bonnet a confirmé ses déclarations, et ses deux collaborateurs n’ont pas voulu les commenter, tout en affirmant que ces discussions n’avaient pas freiné l’enquête sur l’attentat.

Dans son réquisitoire, rendu le 9 juillet, le Parquet national anti-terrorsite (PNAT) donne un éclairage plus documenté et plutôt critique sur ce pacte secret. Les juges ayant obtenu la déclassification de nombreux documents de la DST et de la présidence de la République, l’enquête a permis ainsi d’établir, de manière précise, la chronologie  de ce pacte secret entre 1983 et 1987, son contenu et les limites de son application.

 

 

19
Juin
2025
1

Rising Lion: les secrets de l’opération du Mossad israélien contre l’Iran

L’opération Rising Lion, déclenchée le 13 juin par Israël contre l’Iran, provoque une vive tension au Moyen-Orient, avec un risque de guerre régionale. Elle a mobilisé l’armée israélienne et le Mossad, pour des opérations combinées à grande échelle contre les états-majors iraniens, des scientifiques, des site nucléaires, des base de missiles et les défenses anti-aériennes.

J’ai été interviewé à plusieurs reprises sur le rôle du renseignement et du Mossad dans cette offensive.

Sur RTL mardi 17 juin, une interview à retrouver ici.

Sur RFI le mercredi 18 juin, une interview à podcaster ici

-Et également sur RFI, avec cette interview, ci dessous, à retrouver ici.

« Guerre Israël-Iran: «Cette opération montre la capacité du Mossad à mener des actions à grande échelle»

Israël poursuit son offensive contre l’Iran. Une opération militaire préparée de longue date grâce à l’infiltration des services de renseignements, notamment du Mossad, le service de renseignement extérieur. Une préparation minutieuse qui a permis aussi d’assassiner des hauts gradés et des scientifiques de manière ciblée, à environ 2 000 kilomètres de distance. Comment Israël est-il parvenu à lancer cette offensive contre l’Iran le 13 juin ? Comment le Mossad a œuvré pour le déclenchement de l’opération « Rising Lion » ? Entretien avec Vincent Nouzille, journaliste d’investigation et spécialiste d’Israël.

Par : Achim Lippold

RFI : Que sait-on de cette opération militaire préparée par le Mossad et d’autres services de renseignements ?

Vincent Nouzille : On sait que le Mossad – le service secret israélien – a une grande habitude de mener des opérations en Iran. Par exemple, en 2018, ils ont volé 55 000 documents dans un hangar près de Téhéran, portant sur le programme nucléaire iranien. Il y a donc une véritable focalisation du Mossad sur l’Iran et sur la progression de son programme nucléaire, officiellement à des fins civiles, mais avec une suspicion de vouloir produire suffisamment d’uranium enrichi pour fabriquer une bombe atomique.

Depuis 20 ans, le Mossad travaille sous les ordres du gouvernement israélien pour tenter d’infiltrer, de retarder et aujourd’hui d’entraver complètement, non seulement le programme nucléaire iranien, mais aussi l’ensemble de la chaîne de commandement, voire le pouvoir iranien.

Évidemment, il y a eu plusieurs phases de préparation. La première consistait en l’interception des communications des principaux dirigeants iraniens, notamment les Gardiens de la révolution. Ces opérations techniques ont démarré dès 2004-2005. Ensuite, il y a eu une deuxième phase de recrutement de sources à l’intérieur même du système iranien. On sait, de sources certaines, que certains agents supposés du Mossad ont été arrêtés, voire exécutés en Iran. Ils bénéficiaient de complicités importantes, soit d’opposants au régime iranien, soit de personnes à l’intérieur du régime, pour des raisons diverses, souvent liées à la corruption. Le Mossad est extrêmement fort pour recruter des sources avec beaucoup d’argent.

La troisième phase a commencé avec la guerre déclarée par le Hamas et les opérations du 7 octobre 2023. On est passé à un cran supérieur, avec pour objectif de décimer le Hamas et d’affaiblir durablement son allié, le Hezbollah. On a eu une forme de répétition générale avec les frappes ciblées au Liban, notamment les attaques contre les télécommunications en septembre 2023.

Les préparatifs de cette opération massive en Iran ont impliqué, non seulement le Mossad, mais aussi l’ensemble des services israéliens et l’armée israélienne. Tout cela a été préparé depuis le mois d’octobre 2024, après que l’Iran a répliqué à la mort du chef du Hezbollah par une pluie de missiles sur Israël. Cette réponse iranienne a motivé le Mossad et l’ensemble de la chaîne militaire israélienne à préparer cette opération en Iran

Une opération qui visait donc aussi bien des sites militaires que des personnes impliquées dans le programme nucléaire.

Il y avait des obstacles techniques, comme la localisation des cibles, des scientifiques, des batteries anti-aériennes et des tirs de missiles. Le Mossad avait des commandos infiltrés en Iran de longue date ou très récemment, pour disposer de mini-bombes ou de drones activables sur place. Ils ont frappé les batteries anti-aériennes pour les rendre inopérantes, combinant interception de communications, sources humaines et localisation des principaux chefs.

Le deuxième objectif majeur était les sites nucléaires. Ils ont déjà frappé ces sites de diverses manières, y compris des virus informatiques, des incendies suspects, des explosions et des attentats contre des scientifiques iraniens. En 2020, un grand scientifique nucléaire iranien a été tué par un drone piloté par intelligence artificielle.

Cette opération montre la capacité du Mossad et des services israéliens à mener des actions offensives à grande échelle. Après l’attaque du Hamas le 7 octobre 2023, Israël a montré qu’il pouvait non seulement réagir, mais aussi prendre l’initiative. Cette opération contre l’Iran démontre une volonté affichée de changement de régime à Téhéran.

Est-ce que les États-Unis étaient impliqués dans cette opération ?

Il est impossible de penser que les États-Unis ne soient pas au courant de l’ensemble de la préparation, vu l’ampleur de l’opération et la mobilisation de 200 avions de chasse. Ils ont les moyens électroniques et de surveillance nécessaires. Ils ont probablement fourni des renseignements sur la localisation de certains sites et des cartographies complétées par des satellites et des interceptions. Mais les Américains ne reconnaîtront jamais leur implication officielle.

Cette opération en dit-elle plus sur les capacités du Mossad ou sur les failles de sécurité du régime iranien ?

Les Israéliens ont été choqués et déstabilisés par l’attaque du Hamas le 7 octobre 2023. Ils ont montré, depuis cette date, qu’ils avaient une capacité de renseignement et d’action offensive. Cette opération contre l’Iran démontre une surprise stratégique, mais aussi une prise de risque majeure. Le pouvoir iranien montre ses faiblesses et son incapacité à se protéger contre les infiltrations. Cependant, il est difficile de savoir jusqu’où cela ira et quelle sera la capacité de résilience des Iraniens.

Quelle a été la réaction au sein du régime iranien après cette opération ?

On n’a pas beaucoup de renseignements sur l’état d’esprit des principaux chefs militaires ou du renseignement iranien. Ce que l’on sait, c’est qu’ils ont été décimés de manière massive, notamment lors d’une réunion de crise où ils ont été surpris et ensevelis sous des bombes. Ils ont été totalement décontenancés et pris à contre-pied. Mais il est difficile de savoir s’ils sont prêts à lâcher prise ou s’ils vont contre-attaquer. Cette attaque est historique et montre une volonté israélienne de changement de régime à Téhéran.

À votre avis, en ce moment, y’a-t-il encore des agents qui opèrent sur le terrain et qui préparent un prochain coup ?

Bien sûr. Une fois que la première vague de surprise a eu lieu, c’est-à-dire les frappes massives, les assassinats ciblés de scientifiques, les sites nucléaires, on peut penser que le prochain coup pourrait être l’élimination du numéro un iranien. Si le système iranien est suffisamment ébranlé par les frappes, par le chaos, par l’absence de réponses, de représailles, Israël peut très bien tester les limites du système et se dire : « Après tout, on peut peut-être tenter comme on l’a fait avec Nasrallah ou Assad. » Mais le morceau est quand même beaucoup plus gros.

Donc, provoquer un chaos dans le pays, est peut-être souhaité, mais en même temps, quelles sont les alternatives ? On ne sait pas. C’est là que c’est un jeu extrêmement dangereux. Surtout, au sein du régime, il doit y avoir beaucoup de questions parce qu’on ne sait plus sur qui on peut s’appuyer, à qui on peut faire confiance, qui collabore avec le Mossad. Et ça crée forcément un sentiment de paranoïa. C’est aussi une partie de la propagande israélienne d’essayer de semer cette terreur en disant : « Vous êtes infiltrés, on peut vous loger partout, nous savons où vous êtes. »

RFI/