12
Nov
2018
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“Histoire secrète de l’antiterrorisme”: un documentaire événènement

Le lundi 12 novembre, nous étions, Patrick Rotman et moi, invités dans l’émission “l’instant M” animée par Sonia Devillers, sur France Inter pour parler de notre documentaire “Histoire secrète de l’antiterrorisme” qui sera diffusé sur France 2 le 13/11 à 21h lors d’une soirée spéciale. Pour réécouter l’émission (19′) ponctuée de quelques extraits des propos des intervenants, et durant laquelle nous abordons toutes les périodes du film et ses principaux points forts, c’est ici 

La plupart des médias jugent le documentaire passionnant, instructif et aussi parfois inquiétant… Car, à travers les confessions des acteurs de la lutte antiterroriste (magistrats, policierrs, patrons du renseignement et des unités d’élite), qui expriment, souvent pour la première fois, leurs succès, leurs échecs, leurs tensions, leurs émotions, il révèle les coulisses des enquêtes et les failles du dispositif, tout autant que les difficiles efforts pour contenir les menaces nouvelles.

“Un document exceptionnel” pour Philippe Vandel: interview de Patrick Rotman, (à partir de 30′) sur Europe 1 le 11/11; à réécouter ici.

 

-“Un film qui revient avec rigueur sur les attentats terroristes, qui décrypte les différents visages du terrorisme, sans oublier que, derrière l’antiterrorisme, il y a des hommes marqués par leur mission”, pour Eva Roque sur Europe 1, le13/11, à réécouter ici.

“Un documentaire formidable”, pour France Info, qui a invité le 13/11 Patrick Rotman à parler du film. Retrouvez l’interview ici

-“Trés didactique”, selon Le Monde, notamment sur les différentes étapes du renforcement législatif. Article à lire ici: 2018 11 13 le monde antiterrorisme

-“Ces grands patrons de la police, de la justice, et du renseignement font tous preuve d’un rare pessimisme quand ils évoquent la montée inéluctable de ces phénomènes”, pour le Nouvel Obs. Chronique pessimiste (!) à lire ici.

-“Un documentaire passionnant et capital. Un film pédagogique” pour le Figaro TV Mag.

“Un film sobre et efficace”, pour Valeurs actuelles.

-“Un témoignage exceptionnel sur les coulisses de l’antiterrorisme. Une enquête indispensable pour comprendre les enjeux, les risques et l’évolution des dispositifs”, pour Télé 7 jours.

-“Des confidences captivantes émaillent ce document majeur”, pour Télé 2semaines.

-“Un grand récapitulatif chronologique du terrorisme en France, illustré par d’abondants témoignages de professionnels qui donnent des clés sur le pourquoi du comment”, pour TéléZ.

-“Ces hauts responsables reconnaissent avec peine certaines erreurs et couacs de coordination,”, pour la Vie. Lire la chronique ici

-“Un récit collectif précis et prenant. Les propos lucides et sans langue de bois, notamment dans l’échec, permettent à ce documentaire d’offrir un regard neuf sur un sujet déjà largement traité, pour l’Express. A lire ici.

“L’histoire sans concessions de 30 ans d’antiterrorisme. Ce documentaire éclaire utilement l’actualité de ces dernières années”, pour La Croix, à lire ici

“C’est un documentaire haletant … En donnant la parole aux responsables de ce domaine éminemment sensible, [Patrick Rotman] prend le parti d’un regard « de l’intérieur ». Le risque était de tomber dans la langue de bois. Il n’en est rien”, pour l’Humanité, à lire ici

“France 2 plonge dans les arcanes de l’antiterrorisme. Un documentaire passionnant” pour le Figaro, itw de Patrick Rotman à lire ici

“Ce documentaire très complet, mais un peu austère, donne la parole à ceux qui pendant plus de trente ans ont lutté contre le terrorisme. Les édifiants témoignages de tous ces grands noms de l’antiterrorisme permettent de comprendre comment on peut fait face à cette menace…” pour Le Parisien.

“Ces hommes sont lucides sur les limites de leurs actions. Un documentaire captivant”, pour La Libre Belgique, à lire ici

D’autres liens et commentaires à venir…

 

Et l’un des teasers de France 2 sur le film

8
Nov
2018
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“Histoire secrète de l’antiterrorisme”: diffusion le 13 novembre sur France 2

Le film documentaire titré “Histoire secrète de l’antiterrorisme”, que je signe avec Patrick Rotman, sera diffusé sur France 2 dans la soirée du 13 novembre 2018, à partir de 21h.

Il retrace plus de 30 ans de lutte antiterroriste en France, racontée de l’intérieur par les acteurs de cette lutte, policiers, magistrats, responsables des services de renseignement. Ils livrent un témoignage précis et inédit de leurs combats, de leurs réussites et de leurs échecs.

 

Nourri de révélations et d’images inédites, le film retrace les différentes vagues d’attentats qui ont frappé notre pays, de l’attentat de la rue des Rosiers en 1982 et celui de la Rue de Rennes en 1986 à ceux des années 1994/1995, les suites du 11 septembre 2001, les filières irakiennes, l’affaire Merah, les attentats de Paris de 2015, et les suivants.  Il décrypte les évolutions de la menace, du terrorisme international au terrorisme domestique, révèle les failles et les aléas des enquêtes et détaille les adaptations par à-coups du dispositif français.

(plus de détails sur le film ici  France 2 Documentaire anriterrorisme )

Ce projet de documentaire a démarré il y a plus de deux ans aux côtés du réalisateur Patrick Rotman, avec qui j’avais déjà signé en 2016 deux films sur les présidents français et américains. Avec la société de production Kuiv, nous avons proposé ce sujet sur les coulisses de la lutte antiterroriste à France 2 qui a donné son accord début 2017.

Initialement, nous devions faire un film de 110 minutes. Mais compte tenu de la richesse des témoignages que nous avons recueillis (plus de 40 heures d’interviews), nous avons suggéré à France 2 d’allonger le film, pour bien couvrir la période historique et pouvoir entrer dans le détail de certains épisodes (comme les attentats de 86, ceux de 95, l’affaire Merah, le Bataclan), tout en tentant de rester le plus pédagogique possible.

Le montage, réalisé par Patrick Rotman, avec Yvan Gaillard, a duré plusieurs mois, et la collecte d’images inédites, avec l’aide de Marie-Hélène Barberis, a été très minutieuse.

Au final, le film, d’une durée exceptionnelle de 150′, sera diffusé d’un seul tenant par France 2 lors de la soirée du 13/11, 3 ans après les attentats de Paris. Il sera suivi (à 23h30) d’un débat sur les menaces actuelles, organisé par la rédaction de France 2.

L’avant-première du film s’est déroulée, dans une salle comble, à France Télévisions, le 7 novembre, en présence de plusieurs des intervenants du film.

5
Nov
2018
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“L’Etat secret”, ou comment le Big brother mine la démocratie

Dans le langage des experts, on appelle cela la “plateforme multimodale” (PTM). Derrière cette expression obscure se cache l’un des secrets les mieux gardés de la République: un gigantesque système de captation de données internet, mis au point et exploité par la DGSE, le service de renseignement extérieur, devenu en une décennie un véritable Big Brother, à l’instar des outils développés par ses homologues anglo-saxons comme la NSA américaine et le GCHQ britannique.

C’est l’histoire de cette montée en puissance que raconte le journaliste Jacques Follorou, dans son nouveau livre titre “L’Etat secret” (Fayard). Expert du sujet pour en avoir révélé déjà plusieurs aspects dans Le Monde, ainsi que de nombreux documents de l’ex-consultant de la NSA Edward Snowden depuis 2013, l’enquêteur est bien placé pour révéler ce pan caché du renseignement français, méconnu, doté de moyens conséquents et, à certains égards, inquiétant.

Car la création de la PTM n’est pas arrivée par hasard. C’est bien la DGSE, notamment son ancien directeur technique, Bernard Barbier, qui a conçu cet outil. La PTM permet de capter l’essentiel des communications et des métadonnées des flux internet, lesquels transitent principalement par des câbles sous-marins passant près des côtes françaises. Des complicités et des accords secrets ont permis aux services de nouer des liens étroits avec les exploitants de câbles, les opérateurs et les industriels. Les gouvernements successifs ont validé ces investissements dans la PTM. Le président Sarkozy l’a approuvé durant l’été 2007 et ses successeurs ont poursuivi ces plans secrets.« A la suite des préconisations du Livre blanc de 2008, nous avons pu développer un important dispositif d’interception des flux Internet », a admis le patron de la DGSE, Erard Corbin de Mangoux, devant les députés de la commission de la Défense en 2013.« Nous stockons bien évidemment tous les mots de passe, nous avons des dictionnaires de millions de mots de passe », avait déjà confié Bernard Barbier lors d’un colloque d’experts en 2010. En réalité, une poignée de conseillers ultra-régaliens, dans les ministères, au sein de l’administration, au Conseil d’Etat ont couvé cet outil de surveillance de masse, qui s’est développé durant des années…. en toute illégalité et dans une absence totale de transparence.

Outre le récit passionnant de cette ascension silencieuse de la PTM, Jacques Follorou met en exergue les différentes manières dont, face à la fièvre sécuritaire, le droit a été tordu, le débat “confisqué”, les règles de la démocratie contournées, les contre-pouvoirs (notamment le Parlement) oubliés et affaiblis. Au nom de la lutte contre le terrorisme, presque tout a été autorisé et toléré, même la surveillance des métadonnées  de citoyens français, et y compris des échanges confidentiels de milliards de données au sein d’une “amicale” d’agences de renseignement alliées. Les manoeuvres des services pour faire adopter une loi sur le renseignement en 2015, juste après les attentats de janvier, qui leur procure davantage de sécurité et de marges de manoeuvres, sont révélatrices de ces carences de la démocratie: débat enterré, contre-expertise écartée, esprits “vampirisés” par la lutte contre le terrorisme. Sans compter la “militarisation” croissante de la réponse aux défis du terrorisme islamiste.

Jacques Follorou estime, lui, que la démocratie serait plus résiliente et plus forte si elle n’était pas étouffée par un appareil d’Etat devenu Léviathan. Il soulève des questions utiles et suscite un débat légitime. Peu de livres le font ainsi.

24
Oct
2018
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Génération Beltrame

Dans le Figaro Magazine du 20 octobre 2018, j’ai fait paraître une enquête sur l’impact de la mort du colonel Beltrame, suite à l’attentat de Trèbes du 23 mars dernier. En interrogeant de nombreux responsables de la gendarmerie, des élus locaux, des dirigeants d’école et d’élèves, on constate que la mort héroïque d’Arnaud Beltrame a profondément marqué les esprits. Au-delà de l’hommage national qui lui a été rendu le 28 mars, des centaines de lieux portent déjà son nom et plusieurs ouvrages lui sont consacrés. A mon sens, pour trois raisons essentielles:

le geste héroïque consistant à prendre la place d’une otage en risquant sa vie n’est pas courant. Même s’il n’est pas conforme aux règles (comme me le rappelle dans l’article le directeur général de la gendarmerie nationale, le général Lizurey), il renvoie chacun à des questions fondamentales sur ce qu’on ferait dans ce cas de figure. Et la réponse n’est pas évidente…

Le parcours et la carrière d’Arnaud Beltrame en ont fait une figure droite et chevaleresque, qui, en dépit de ses échecs, incarne des valeurs auxquelles beaucoup sont attachés.

Enfin les circonstances et le moment de l’attentat de Trèbes ont constitué un tournant, chaque citoyen sentant que le terrorisme islamiste peut désormais frapper partout, mais que l’on peut aussi s’y opposer. Et les soldats morts au combat, sur des théâtres extérieurs, restent inconnus, alors qu’Arnaud Beltrame a eu un visage.

Au-delà de l’émotion, c’est la première fois qu’une telle figure de “héros” transparaît aussi publiquement dans la lutte contre le terrorisme et suscite des vocations, au point qu’on peut parler d’une forme de génération Beltrame en gestation. Reste à savoir si cet effet sera durable et se transformera en action, comme me l’a confié Cédric Beltrame, l’un des frères d’Arnaud.

Dans un message qu’il m’a adressé après la parution de l’article, Cédric Beltrame m’écrit: “Merci pour l’article, tous ceux qui l’ont lu ont trouvé que c’était très bien et reflétait bien l’état d’esprit d’une majorité de français par rapport à l’acte héroïque d’Arnaud et face au futur.”

Pour lire l’article complet du Fig Mag, c’est ici .  MAG1982_072,

 

Et pour prolonger le sujet, plusieurs ouvrages à lire et découvrir

-Arnaud Beltrame, le héros dont la France a besoin, de Jacques Duplessy et Benoît Leprince, Editions de l’Observatoire (juin 2018), 190 pages, 17€

Ce livre a le mérite d’avoir été le premier à revenir sur l’ensemble des événements tragiques de Trèbes et sur le parcours de l’officier décédé le 24 mars 2018. Ecrit dans la foulée par deux journalistes, il a bénéficié de l’appui, sous forme de préface et postface, de deux personnalités de poids : le général Richard Lizurey, directeur général de la gendarmerie nationale, et Bernard Bajolet, ancien directeur de la DGSE et ex-ambassadeur de France en Irak, où il avait côtoyé Arnaud Beltrame. Une partie des recettes du livre sera reversée à la fondation « Maison de la Gendarmerie ».

-Arnaud Beltrame, gendarme de France, de Christophe Carichon, Editions du Rocher (3 octobre 2018), 224 pages, 16,9€.

Ecrit par un professeur d’histoire, spécialiste des questions militaires, et reposant sur de nombreux témoignages, dont ceux de sa famille, cette biographie détaillée est centrée sur les racines, l’itinéraire, les étapes et les quêtes spirituelles qui ont construit Arnaud Beltrame. Il inclut également des précisions sur la prise d’otages à Trèbes, notamment les échanges d’Arnaud Beltrame avec les forces de l’ordre avant l’assaut. Un ouvrage complet.

Arnaud Beltrame, l’héroïsme pour servir, Mareuil Editions, (31 octobre 2018), 18€.

Signé par un ancien journaliste à l’AFP, expert des sujets de sécurité, ce livre retrace également la vie de l’officier, son rôle à Trèbes et les hommages qui lui sont rendus. Il s’attache surtout à resituer son acte dans l’histoire de la gendarmerie, de ses faits d’armes militaires, depuis la bataille d’Azincourt (1415) jusqu’à l’assaut du GIGN à Marignane en 1994.

-Frère courage, genèse d’un héros, de Cédric et Damien Beltrame, Grasset (31 octobre 2018), 240 pages, 18€

Les deux frères cadets d’Arnaud Beltrame ont décidé de prendre la plume pour raconter, sans volonté exhaustive, des moments forts partagés : un destin de famille bouleversée, des jeux d’enfance, des marches communes en Corse ou dans les Alpes. Ils livrent un récit personnel sur l’itinéraire de ce « soldat d’exception » que les armes et la violence ne fascinaient pas. Dans la fraternité de sang, puis dans celle liée à sa foi catholique et à son idéal maçonnique, transparaît un homme qui a connu aussi des moments difficiles et qui plaçait l’honneur au-dessus de tout.

 

 

18
Oct
2018
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Bureau des légendes, saison 4: à Moscou, tout est possible…

La Saison 4 du Bureau des légendes va être diffusée par Canal Plus à partir du 22 octobre. Ayant eu le privilège d’en voir une grande partie en avant-première(mais pas la fin, qui, je le suppose, réserve des surprises décoiffantes) , je peux en parler un peu, non pas pour spoiler l’intrigue à ceux qui vont la regarder, mais pour évoquer les tendances qui caractérisent cette saison.

Le show-runner Eric Rochant (photo ci-dessous), chef d’orchestre de cette série, garde son exigence artistique et éditoriale: à savoir qu’il ne fait pas de compromis avec des styles de séries d’action “made in USA”, formatées avec 3 scènes d’action pure dans chaque épisode, sinon rien.

Par rapport à la saison 3, on peut estimer que le rythme est plus lent, un peu moins tendu, mais c’est au bénéfice d’un repositionnement de la série sur des thématiques nouvelles, sans relâcher nos héros.

La série sait se renouveler, puisqu’à après 3 saisons orientées sur le Moyen-Orient, la Syrie et Daech, l’intrigue se tourne vers la Russie de Poutine et les menaces du monde cyber.

Certes, la guerre en Syrie est toujours présente, avec l’un des analystes qui est envoyé sur le terrain à la recherche de djihadistes français dangereux, mais cela demeure une intrigue secondaire. Ce déplacement géographique, vers Moscou – comme nous l’avions écrit dès l’été 2017 dans un article du Fig Mag à retrouver ici -et l’informatique, permet à Eric Rochant d’aborder ce qu’il appelle les “méga-trends” du monde contemporain, à savoir des tendances lourdes de l’actualité et de la géopolitique, à savoir le poids de la Russie (diplomatique, militaire, stratégique) et le nouveau front de l’espionnage que constituent les menaces cyber (notamment celles venant de Russie justement), avec les risques de manipulation. C’est la nouvelle toile de fond du récit, dans lequel “Malotru” (Mathieu Kassovitz) tente de nager, voire de se sauver, et la DGSE essaie de jouer ses cartes. Pas facile, avec des espions russes retors, des agents doubles ou triples, des pièges et des mines posées partout. A Moscou, tout est possible… et à Paris aussi…

Les erreurs et dysfonctionnements qui ont permis au “traître” Malotru – rappelons qu’il a trahi la DGSE pour les yeux d’une belle Syrienne – de s’en sortir jusque là, avec des complicités internes, font – enfin, dira-t-on – l’objet d’une enquête au sein de la DGSE. Pour le réalisme de la série, c’est mieux! Et là, l’incroyable Mathieu Amalric (photo ci dessous), acteur puissant et subtil, entre en jeu, dans le rôle d’un méchant enquêteur, baptisé du surnom de JJA, comme Jesus James Angleton, le très paranoïaque directeur du contre-espionnage de la CIA des années 60, qui voyait des “espions rouges” partout, y compris au sein de son service, ce qui provoqua des dégâts internes considérables. Le pire était qu’il n’avait pas totalement tort! Mais quand le poison du doute s’instille dans un service de renseignement, c’est une véritable bombe à fragmentation… Disons simplement, sans en dévoiler trop, que Mathieu Amalric joue ce rôle à merveille…

Bref, cette saison 4 se déguste à petites doses, comme un doux brevage, ou plutôt une drogue addictive. Tant pis pour l’invraisemblance de certains morceaux du scénario, ici ou là. On y croit!…

A suivre, l’actualité du BDL sur twitter ici

A lire aussi, le livre « Le bureau des légendes décrypté » paru ces jours-ci, avec Bruno Fuligni, historien et maître de conférence à Sciences Po, qui raconte, en 18 leçons simples, ce qu’il faut savoir sur le vrai monde de l’espionnage.

 

 

28
Jul
2018
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Affaire Benalla: les barbouzes sont de retour…

On a eu du mal à y croire. Mais l’invraisemblable affaire Benalla a fait ressurgir les fantômes des vieilles affaires de la Vème République, celles des hommes de main des présidents qui se croient parfois tout permis…

J’ai répondu à quelques questions de Libération, le 20 juillet, sur cette affaire. A lire ci-dessous et à découvrir ici Vincent Nouzille : «Cet acte violent a un vieux parfum du SAC de De Gaulle» – Libération

Et j’ai contribué à la cover du Figaro Magazine ( que l’on peut lire intégralement ici, MAG1970_024.OK pdf ) en racontant les histoires des barbouzes sous Mitterrand, et sous Chirac.

Voici mon papier d’introduction sur “Les hommes de main des présidents”

Les barbouzes sont-elles de retour? L’affaire Benalla – ce proche du président Macron accusé de violences lors des manifestations du 1er Mai et longtemps couvert par l’Elysée – semble en attester. L’incident initial s’est transformé en quelques jours en véritable scandale d’Etat. Les révélations des médias et des enquêtes déclenchées dans la foulée n’ont pas fini de surprendre : l’ancien garde du corps du candidat Macron était devenu, depuis l’élection de son mentor, un homme tout puissant dans l’ombre du président. Nommé adjoint au chef de cabinet d’Emmanuel Macron en juin 2017, Alexandre Benalla avait, semble-t-il, la haute main sur la sécurité des déplacements présidentiels. Il s’est même vu confier par son patron la mission de réformer le dispositif de sécurité : celui-ci repose essentiellement sur le Groupement de sécurité de la présidence de la République (GSPR), composé de gendarmes et de policiers d’élite, qui dépend officiellement du ministère de l’Intérieur. Objectif : donner plus de liberté aux hommes de l’Elysée pour faire ce qu’ils veulent.

Omniprésent lors des voyages, promu au rang de lieutenant-colonel dans la réserve opérationnelle de la gendarmerie sur ordre de l’Elysée, Alexandre Benalla bénéficiait visiblement d’appuis et de sésames hors du commun. Ses dérapages et les dysfonctionnements qui ont suivi révèlent à quel point le pouvoir élyséen peut aveugler ceux qui ont pourtant promis de changer les règles. Emmanuel Macron, qui fonctionne, depuis les débuts de son ascension politique météorique avec une équipe restreinte de collaborateurs, a entraîné avec lui des militants dévoués tout autant que des carriéristes pressés. L’ivresse de la victoire et celle du pouvoir ont fait tourner les têtes, au point d’inciter certains à abuser de leurs fonctions et obtenir des passe-droits.

Il est vrai que les présidents successifs de la Vème République n’ont jamais lésiné sur l’emploi de séides et de fidèles, prêts à tout pour les servir, y compris à franchir les lignes jaunes. Des sombres histoires du Service d’action civique (SAC), le service d’ordre du parti gaulliste, aux scandales de la cellule des gendarmes de l’Elysée sous François Mitterrand (que je racontais dans le détail dans mon livre “Erreurs fatales”, 2017, la liste est longue de ces dérives, imputables aux présidents eux-mêmes. Souvent méfiants à l’égard des services officiels, ils préfèrent parfois s’entourer d’hommes de toute confiance, davantage choisis pour leur loyauté aveugle que pour leurs compétences.

 

 

LIBERATION 20/7/2018

Affaire Benalla : «cet acte violent a un vieux parfum du SAC de De Gaulle»

Le recours à des profils atypiques est une pratique traditionnelle de la Ve République, retrace le journaliste Vincent Nouzille.

Journaliste indépendant et réalisateur de documentaires Vincent Nouzille a écrit de nombreux ouvrages sur les affaires de la Ve République et les officines plus ou moins occultes autour de l’Elysée.

Que vous inspire cette «affaire Benalla» ?
A première vue, son acte violent du 1er Mai a un vieux parfum du SAC, le service d’action civique à la botte du pouvoir gaullien dans les années 60. Le contexte est certes totalement différent et les faits reprochés n’ont absolument pas la gravité de ceux de l’époque. Mais c’est une constante de la Ve République d’avoir eu des présidents qui, par un mélange de méfiance pour les services officiels et de fidélité à des amitiés plus ou moins louables, ont eu recours à des profils atypiques pour leur sécurité.

C’est le cas ici ?
A première vue, non. Ce qui pêche dans cette histoire, c’est surtout la manière dont cet individu a été sanctionné et la communication de l’Elysée. A ce stade, le cas Benalla ressemble plus à la dérive d’un comportement individuel qu’il ne met au jour un système sciemment institué par le pouvoir en place. L’effet politique est évidemment désastreux mais gardons-nous d’en tirer des conclusions trop hâtives.

Vous dites que les présidents ont toujours eu besoin d’hommes de main dévoués…
La nature du pouvoir présidentiel sous la Ve peut donner à ceux qui s’en sentent ne serait-ce que très partiellement les dépositaires un sentiment de toute-puissance. Parfois, cela peut déraper, d’autant plus quand on a affaire à des esprits fragiles ou pervers. Macron dirige visiblement la France avec une super garde rapprochée qui se compte sur les doigts des deux mains. On peut imaginer que certains de ses lieutenants se croient tout-puissants.

De quand peut-on dater le recours à des fidèles plutôt qu’aux forces de l’ordre pour la sécurité du président ?
La matrice originelle, c’est le pouvoir gaullien. Lorsque le Général arrive au pouvoir à la fin des années 50 dans un contexte de très forte tension marquée par la guerre d’Algérie, il amène avec lui ses fidèles. Il y a à l’époque des craintes d’attentats et de trahisons en tout genre qui justifient aux yeux du pouvoir le recours à ce système.

Et ensuite ?
L’autre grande dérive, c’est celle des années Mitterrand, qui avait une méfiance chronique des «services» et de la police. Avec l’arrivée du commandant Prouteau à l’Elysée, les gendarmes prennent leur revanche et ont la haute main sur le GSPR, qui est créé à cette époque. Au nom de la lutte antiterroriste, cette cellule se met entièrement au service d’une famille avec pour mission de protéger ses secrets, y compris au moyen d’écoutes illicites et massives. Les choses se calment un peu avec Chirac, qui confie la protection de sa réputation plus que de sa personne au duo constitué du préfet Philippe Massoni et du général Rondot, qui sera inquiété dans l’affaire Clearstream. Là où Mitterrand et Chirac faisaient plutôt confiance à des hommes hors système, la présidence de Sarkozy, passé par le ministère de l’Intérieur, marquera le grand retour des flics en misant à fond sur un appareil policier qu’il maîtrise parfaitement. Quant à Hollande, à part l’épisode du scooter qui avait fait jaser sur la rigueur du GSPR, il n’y a pas grand-chose à en dire.

Lors de la présidentielle, on a dit que le régalien était le talon d’Achille du candidat Macron
Ça s’est révélé faux. Cette faiblesse supposée a été compensée par le recrutement de cadres très expérimentés comme le préfet Patrick Strzoda, son directeur de cabinet et supérieur hiérarchique d’Alexandre Benalla. Encore une fois, la question de la transparence se posera toujours dans un pays marqué par la très forte centralisation du pouvoir à l’Elysée, mais l’époque des dérapages complets à la mode du SAC ou des cellules Mitterrand semble révolue.

Propos recueillis par Christophe Allix

 

13
Jun
2018
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“Erreurs fatales”, l’édition de poche est parue

13 juin 2018: l’édition de poche (J’ai lu) de mon livre “Erreurs fatales, comment nos présidents ont failli face au terrorisme” vient de paraître. Coédité lors de sa première sortie (janvier 2017) par Fayard et Les liens qui libèrent, mon enquête avait fait pas mal de bruit à l’époque, notamment parce que je révélais que les failles du dispositif antiterroriste français ne dataient pas d’hier, et qu’elles relevaient notamment de carences ou d’erreurs commises par les présidents successifs. Je dévoilais également que les assassinats ciblés décidés par l’Elysée étaient plus nombreux que ce que François Hollande voulait bien admettre et que cela donnait lieu parfois à des dérapages et dommages.

Suite à cette enquête, le nouveau président élu Emmanuel Macron a décidé de corriger un peu le tir, notamment avec une diplomatie plus réaliste, un renforcement des services de renseignement et la mise en place à l’Elysée d’une task-force antiterroriste censée coordonner les services et l’action dans ce domaine. Depuis un an, cette cellule, dirigée par le préfet Pierre de Bousquet de Florian, ancien patron respecté de la DST (surveillance du territoire), a mis un peu d’huile dans les rouages, sans vraiment réformer fondamentalement, ni simplifier radicalement le système (si ce n’est la fusion attendue, au ministère de l’intérieur, d’un état-major de lutte sur la prévention du terrorisme avec l’unité de coordination de la lutte antiterroriste, qui se marchaient sur les pieds). Les querelles des services ont, dit-on, diminué, d’autant que les directeurs de la DGSE (le diplomate Bernard Emié) et de la DGSI (le préfet Laurent Nunez) s’entendent plutôt bien.

Une vingtaine d’attentats ont été déjoué en 2017 et plusieurs en 2018. Mais la dissémination des menaces rend le dispositif toujours fragile et chaque attentat (Trèbes, notamment) révèle que des failles de surveillance et d’analyse de dangerosité des individus repérés demeurent. Une nouvelle série de mesures est en cours de préparation, concernant la radicalisation, le suivi des anciens condamnés, la surveillance cyber. Il y a encore fort à faire…

Pour comprendre d’où l’on vient et quelles erreurs fatales ont été commises depuis plus de 30 ans sur le front de l’antiterrorisme par nos présidents, voici donc l’édition de poche, dont voici la présentation…

“Aveuglement, naïveté, passivité ? Qu’il s’agisse de Mitterrand, Chirac, Sarkozy ou Hollande, nos présidents ont tous commis des erreurs fatales face au terrorisme. Improvisations après les attentats, réformes retardées ou bâclées, gestion chaotique des prises d’otages, marginalisation des juges, déni de la montée du djihadisme intérieur, faux pas militaires : la liste est longue, et aucun dirigeant n’est parvenu à réprimer la crise.

La France semblait protégée par un dispositif judiciaire et policier efficace, or, le feu couvait. Pendant deux ans,Vincent Nouzille a collecté des témoignages d’acteurs de premier plan et des documents confidentiels prouvant les carences du pilotage de la lutte antiterroriste et du renseignement. Le bilan est alarmant !

« Le constat dressé […] est accablant et peut se résumer ainsi : personne ne pilote la lutte antiterroriste en France ! » (Le Point)

8
Jun
2018
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Macron-Netanyahou: tensions au sommet

La visite de Benjamin Netanyahou à Paris le 5 juin n’a pas permis d’aplanir les divergences entre les deux pays. L’inauguration des “saisons croisées” France-israël, – 400 événements culturels et techniques encensant le meilleur des deux pays de juin à novembre 2018 – ne pouvait effacer les discordes croissantes entre Jérusalem et Paris sur des sujets qui fâchent: la statut de Jérusalem, l’accord sur le nucléaire iranien, les récents incidents à Gaza, l’absence de perspective de paix israélo-palestinienne.

Emmanuel Macron, président de la république et Benyamin Netanyahou, Premier ministre de l’Etat d’Israël, participent à l’inauguration de l’exposition « Israel@Lights » dans le cadre de l’ouverture des Saisons croisées France-Israël au Grand Palais à Paris, mardi 5 juin 2018 – 2018©Jean-Claude Coutausse / french-politics pour Le Monde

Venu principalement en Europe (Berlin, Paris, Londres) afin de rallier les trois capitales à ses positions dures contre l’Iran, le Premier ministre n’a pas convaincu ses interlocuteurs (Angela Merkel, Emmanuel Macron, Teresa May) d’abandonner complètement l’accord sur le nucléaire iranien de 2015, déjà lâché par Trump et qu’Israël considère comme incapable de contenir la montée en puissance nucléaire de son ennemi régional. Les déclarations de Téhéran, prévoyant de rehausser l’activité de ces centrifugeuses tout en menaçant Israël, a conforté les positions de Netanyahou. Mais Emmanuel Macron, comme Merkel et May, sont restés sur leurs positions, selon lesquelles l’accord de 2015 est imparfait, mais qu’il constitue tout de même une base de travail avec les Iraniens, à compléter.

Le président français a aussi dénoncé, à nouveau, l‘usage “disproportionné” de la force par l’armée israélienne le long de la frontière avec la bande de Gaza ces dernières semaines qui a provoqué la mort de 61 Palestiniens le 14 mai, jour du transfert de l’ambassade américaine à Jérusalem « Quand on fête un tel événement et qu’il y a des gens qui meurent, je ne considère pas que ce soit une fête .

Entre Netanyahou et Macron, le dialogue est cordiale, mais franc et direct. Les divergences sont assumées. Le fossé se creuse sur nombre de sujets…

 

A l’occasion de cette visite, j’ai été sollicité par plusieurs médias pour livrer mon analyse et remettre les relations Macron-Netanyahou en perspective, en lien avec mon livre Histoires secrètes, France-Israël, 1948-2018″, paru fin avril chez LLL.

Dans Libération, à lire ici, “pourquoi Macron a peu de leviers sur Netanyahou”.

Sur le site de France 24, à lire ici, “Les hauts et les bas d’une relation passionnelle”

Sur le site du Nouvel Obs, à lire ici, “Netanyahou a davantage envie de neutraliser la diplomatie française que de l’écouter”

Sur Europe 1, dans le débat de Frédéric Taddéi, à réécouter ici, “Les relations franco-israéliennes sont-elles à un tournant?”

Sur le site de Times of Israel, une interview détaillée sur le livre, à relire ici. “Vincent Nouzille dévoile les coulisses des liens entre Paris et Jérusalem”

Et sur le site de l’Express, une interview, à retrouver ici, sur le livre et l’actualité “France-Israël: une passion contrariée”, et à lire ci-après.

France-Israël: une passion contrariée
Actualité Monde Proche et Moyen-Orient
Par Vincent Hugeux, publié le 05/06/2018 à 07:12

Emmanuel Macron reçoit Benyamin Netanyahu. L’essayiste Vincent Nouzille dévoile les dessous de l’idylle franco-israélienne.

Ce mardi, Emmanuel Macron reçoit à L’Elysée, en fin d’après-midi, le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahu. Avant d’inaugurer en sa compagnie, au Grand Palais, l’exposition “Israel@Lights”, prologue aux “Saisons croisées” franco-israéliennes. Depuis sa naissance, voilà 70 ans, l’Etat hébreu entretient avec la France une relation intense, passionnelle et tourmentée. Relation que le journaliste et essayiste Vincent Nouzille explore dans Histoires secrètes, France-Israël 1948-2018, récemment paru aux éditions Les Liens qui libèrent. Un décryptage clair et rigoureux, nourri de nombreux documents inédits, exhumés des caves de l’Elysée et de Quai d’Orsay ou puisés dans les fonds d’archives israéliens et américains.

Que sait-on du regard que porte le président français sur Israël ?

Tout commence avec la visite qu’accomplit sur place Emmanuel Macron, ministre de l’Economie, en septembre 2015. Laquelle visite s’inscrit alors dans le registre consensuel de l’excellence scientifique et technologique. Sa fascination pour le modèle israélien, que l’expo du Grand Palais contribue à mettre en valeur, ne s’est nullement émoussée depuis lors. Sur ce terrain-là, les échanges avec Benyamin Netanyahu sont riches et l’amitié affichée mutuelle. Macron vante la “start-up nation”, même si son hôte, vétéran de l’arène politique, peine à l’incarner. Quant à celui-ci, il perçoit d’emblée la vivacité intellectuelle et la modernité de son interlocuteur quadragénaire, de même que son aspiration à une forme de leadership sur la scène internationale. Pour autant, les tensions aiguës survenues récemment sur l’échiquier Proche-Orient risquent de gâcher un peu la fête.

Sur le plan personnel, le courant passe. En juillet 2017, lorsque Netanyahu est convié à la commémoration de la rafle du Vél’ d’Hiv, on se donne du “Bibi” et du “Emmanuel”. Et l’homme de l’Elysée comble son invité quand il assimile l’antisionisme à “une forme réinventée de l’antisémitisme”. Les divergences de fond refont surface lors de la deuxième rencontre, en décembre dernier. Paris réaffirme son attachement à la “solution à deux Etats”, donc à l’instauration d’un Etat palestinien. En l’espèce, accompagné sur cette voie par son ministre des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian, Emmanuel Macron reprend les grands classiques de la diplomatie française. Sa perception d’Israël n’obéit pas à un ressort intime ou à une conviction ancrée. Ce qui le distingue de ses prédécesseurs François Mitterrand, Jacques Chirac ou Nicolas Sarkozy.

Rembobinons maintenant le film de l’Histoire. La France a-t-elle joué, dans les années 1950, un rôle décisif dans l’accession du jeune Etat d’Israël au rang de puissance nucléaire militaire ?

Sans l’ombre d’un doute. A partir de la crise de 1956 [déclenchée par la décision de l’Egyptien Gamal Abdel Nasser de nationaliser le canal de Suez], la France de Guy Mollet, alors président du Conseil, considère qu’elle doit non seulement accélérer son propre programme nucléaire, mais aussi aider le jeune Etat d’Israël à se doter de la bombe atomique. Déjà, entre le printemps et l’automne de cette année-là, elle fournit des dizaines de milliers de tonnes d’armements conventionnels. Le soldat de Tsahal porte un uniforme made in France, fume des cigarettes françaises et tire des munitions françaises. Quant au pilote de chasse, il est aux commandes d’un avion performant bien de chez nous, le Mirage. La coopération nucléaire fait l’objet fin 1956 d’un accord écrit, complété en août suivant, dont je révèle la teneur dans mon ouvrage. Elle permettra la construction du site de Dimona, dans le désert du Néguev, ainsi que d’une usine souterraine de fabrication de plutonium. Malgré les réticences de Charles de Gaulle, sinon à son insu, cette coopération se poursuivra secrètement jusqu’en 1963. Ainsi, Israël, qui accuse l’Iran de mentir sur ses ambitions en la matière, n’a cessé de mentir sur les siennes.

Dans quelles circonstances le Mossad [l’un des services de renseignement de l’Etat hébreu] contribue-t-il en 1961 à déjouer un projet d’attentat visant Charles de Gaulle ?

L’épisode survient quelques semaines avant le putsch avorté d’Alger [21 avril 1961]. Un officier français, membre de l’OAS, prend alors contact avec des agents israéliens et sollicite leur assistance. Il les prie de recruter et de manipuler un tueur arabe, qui serait chargé d’assassiner le Général. En contrepartie, Israël aurait droit, à titre gracieux, à tout un arsenal d’équipements militaires. Quoique complexe, le lien noué dès le printemps 1960 entre de Gaulle et le Premier ministre David Ben Gourion est si robuste que ce dernier, alerté par les chefs du Mossad, informe aussitôt Paris. Tuant ainsi le projet dans l’oeuf.

Quel fut le rôle des services israéliens dans la surveillance des filières de soutien au Front de libération nationale (FLN) algérien ?

Il s’agissait pour l’essentiel de procurer à la France des informations recueillies par les agents établis au Caire, base arrière d’un FLN choyé et soutenu activement par Nasser, l’ennemi commun. La coopération entre le Mossad et l’Aman (renseignement militaire) d’une part, et le SDECE (service extérieur) d’autre part, ira très loin. Décisive, elle porte par exemple sur le suivi de livraisons d’armes clandestines en Méditerranée ou sur la localisation de cadres du FLN.

Est-il exact que, plus récemment, des agents israéliens ont participé à la traque de djihadistes français opérant en Syrie et en Irak ?

Oui. Sur ce front-là, la coopération secrète entre les services couvre tout le spectre de l’antiterrorisme. Si la relation s’est rafraîchie à l’orée du troisième millénaire, du fait notamment de la liquidation, par le Mossad, de contacts palestiniens de la DST (contre-espionnage), elle s’est nettement réchauffée au fil de la décennie 2000. Et ce sous l’impulsion du trio que formaient Nicolas Sarkozy, Bernard Squarcini [patron de la DST puis de la Direction centrale du renseignement intérieur, ou DCRI] et Pierre Brochand [à la tête de la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE) de 2002 à 2008]. Sous François Hollande, les attentats meurtriers de Charlie Hebdo et de l’Hyper Cacher, en janvier 2015, ont intensifié les échanges, notamment à l’initiative du chef du Mossad Yossi Cohen, ancien conseiller à la sécurité de Netanyahu. Là encore, ils sont alimentés par des dispositifs de surveillance électronique et par des sources humaines, reflets de la capacité d’infiltration des agents israéliens en Syrie, en Irak ou en Iran. Aujourd’hui, la Direction générale de la sécurité intérieure, ou DGSI, [qui a hérité en 2014 des attributions de la DCRI], ne peut pas se passer du Mossad. Ce qui d’ailleurs embête ses chefs…

Prononcée lors d’une conférence de presse fameuse, le 27 novembre 1967, la formule du général de Gaulle sur “le peuple d’élite, sûr de lui-même et dominateur” a suscité en Israël comme dans la communauté juive une intense amertume. Par qui ou par quoi a-t-elle été inspirée ?

Cette phrase ne doit rien au hasard. Elle boucle une longue phase de brouille, envenimée par la Guerre des Six-Jours et l’embargo sur les livraisons d’armes aux belligérants décrétée à Paris, au point de consacrer une forme de divorce. Le leadership israélien éprouve alors un vif sentiment de trahison, au point de se tourner résolument vers l’allié américain. En ce sens, la formule du Général revêt une importance historique. Sans doute reflète-t-elle l’impensé antisémite d’un fils de la droite catholique française la plus traditionnelle. Mais elle traduit aussi l’incompréhension qui, d’emblée, aura parasité la relation entre le héros de la France libre et Ben Gourion. En 1960, au détour d’un échange informel dans les jardins de l’Elysée, ce dernier fait part à son hôte de son ambition de doubler la population d’Israël. De Gaulle perçoit ce dessein comme l’aveu d’une volonté conquérante, voire expansionniste. Il ne se départira jamais d’un tel présupposé.

L’affaire des “vedettes de Cherbourg”, survenue en décembre 1969, a elle aussi empoisonné un temps le dialogue. Ces bâtiments de guerre, acheminés clandestinement jusqu’à Haïfa par des agents israéliens au mépris de l’embargo en vigueur, l’ont-ils été avec la complicité, au moins tacite, des autorités françaises ?

La surprise fut totale et le courroux du Quai d’Orsay parfaitement authentique. Tout comme la colère de Georges Pompidou. Il y a certes eu complicité, mais à des échelons inférieurs. Le montage -grossier- ayant couvert “l’enlèvement” des vedettes, via l’irruption d’une société norvégienne fantoche, avait été présenté à la commission chargée de superviser l’exportation des matériels de guerre qui, étrangement, n’a rien trouvé à redire. Mieux, une note des Renseignements généraux, pondues l’avant-veille du jour J, détaillait le stratagème. Elle s’est perdue dans la torpeur de la trêve des confiseurs.

Autre épisode passé à la postérité, le “Do you want me to go back to my plane ?” d’un Jacques Chirac exaspéré par l’étouffante sollicitude des agents de sécurité israélien lors de sa visite au coeur de la Vieille Ville de Jérusalem, le 22 octobre 1996. Avec le recul, y voyez-vous un message au monde arabe ou un emportement sincère ?

L’emportement était à coup sûr sincère. Cela posé, l’accrochage a été magistralement orchestré par l’entourage du président qui, la veille, avait invité les journalistes couvrant la visite à ne pas manquer cette escapade. Il s’agissait pour le successeur de Mitterrand de redonner des couleurs à sa “politique arabe” et d’endosser le costume du mentor de Yasser Arafat, leader de l’OLP. Il va de soi que l’épisode n’aura rien fait pour améliorer les relations entre Chirac et Netanyahu, notoirement exécrables

Quel aura été, sous la Ve République, le président le plus israélophile ?

La palme revient sans conteste à Nicolas Sarkozy. Lequel affiche dès 2002 des positions très favorables aux thèses israéliennes, voire sionistes, et affiche son empathie envers le peuple juif. Pour autant, l’amitié un rien ostentatoire qui le lie à Netanyahu pâtira du peu de cas que “Bibi” fait de la prétention française de peser sur le règlement de l’imbroglio proche-oriental. Dans ce palmarès, François Mitterrand suit “Sarko” de près. Mais sur un registre plus intellectuel et plus construit, du fait de la profondeur de sa culture hébraïque. A ses yeux, il revenait à la France, en vertu d’une forme de symétrie, de contribuer à l’émergence d’un Etat palestinien après avoir aidé l’Etat juif à naître.

Ariel Sharon puis Benyamin Netanyahu ont l’un et l’autre, au détour de visites en France, enjoint aux Juifs qui y vivent, exposés selon eux au déchaînement de l’antisémite, de faire leur alya ; en clair, de “monter” vers Israël. Cet appel a-t-il été entendu ?

En partie au moins. On observe au début de la décennie 2000, alors que se multiplient les actes d’antisémitisme, une intensification du phénomène : 2000 à 3000 départs chaque année au lieu d’environ un millier jusqu’alors. Mais la vraie vague survient à partir de 2012, au lendemain du carnage de l’école juive de Toulouse, perpétré par Mohammed Merah. Avec un pic à 8000 candidats au “retour” en 2015. L’exploitation politique que fait Netanyahu du désarroi de la communauté suscitera un profond malaise chez les officiels français. A commencer par François Hollande, “baladé” par “Bibi”. [Associé le 1er novembre 2012 à Toulouse à une cérémonie d’hommage aux victimes du terrorisme, celui-ci improvise un quasi-meeting, et ce à quelques mois d’un scrutin législatif anticipé en Israël].

Le scénario d’une coexistence apaisée entre Israël et un Etat palestinien digne de ce nom a-t-il encore la moindre chance de devenir réalité ?

Il y a lieu d’en douter, en tout cas à brève échéance. Mais les formules alternatives sont tellement irréalistes ou conflictuelles qu’on finira bien par y parvenir, pour peu que la communauté internationale s’investisse sérieusement. La France ne reniera pas le dogme de la solution à deux Etats. Mais sa capacité d’influence s’avère tellement modeste qu’elle est condamnée au suivisme, sinon à l’accompagnement thérapeutique.