19
Aug
2019
0

Le retour des espions russes

Le 16 août, le Figaro Magazine a publié un de mes article sur l’espionnage russe. Une enquête de fond sur ce retour en fanfare des espions de Poutine, qui multiplient les opérations d’assassinat, d’espionnage classique, de piratages informatiques et d’intox, comme au bon vieux temps de la guerre froide, comme je l’avais déjà souligné l’an dernier (voir ici), mais avec des moyens autrement plus sophistiqués.

Cette enquête m’a pris plusieurs mois, afin de contacter les experts sur le sujet, rassembler les faits et les documents, et mettre tout cela en perspective. Jamais Poutine n’a été aussi agressif au plan de l’espionnage, puisqu’il a demandé à ses services (FSB, SVR, GRU) de prendre toutes les “mesures actives” possibles pour affaiblir l’Occident qui, à ses yeux, veut la mort de la Russie. Cela passe par des nouvelles techniques de cyber-attaques et d’ingérence dans les opinions publiques et les élections, que ce soit aux Etats-Unis comme en Europe, avec des résultats .

Sans faire de complotisme, le constat est relativement inquiétant et les réponses européennes parfois bien naïves. Cela n’empêche pas un dialogue franco-russe “franc et direct”, comme celui qu’a eu Emmanuel Macron avec Vladimir Poutine le 19 août à Brégançon, notamment sur des sujets qui fâchent (Ukraine, Syrie, Iran, etc), mais en toute lucidité: pour Poutine, Macron n’est un pion sur son grand échiquier…

L’article complet à lire ou relire ici Fig MAG retour des espions russes

9
Aug
2019
0

Rue des Rosiers: Bonnet confirme le pacte avec Abou Nidal, révélé dans Histoire secrète de l’antiterrorisme

Dans le documentaire “Histoire secrète de l’antiterrorisme”, que j’ai cosigné avec Patrick Rotman et qui a été diffusé le 13 novembre dernier sur France 2, l‘ancien patron de la DST, Yves Bonnet révélait qu’il avait, en 1983, autorisé des négocations secrètes avec le terroriste Abou Nidal, après l’attentat de la rue des Rosiers du 9 août 1982.

“Nous sommes entrés en relation avec l’organisation d’Abou Nidal. Et à partir de ce moment-là nous avons passé un espèce de marché non écrit qui voulait que les gens d’Abou Nidal ne commettraient plus d’attentats en France et qu’en revanche je leur garantissais qu’ils pouvaient venir en France” nous déclarait Yves Bonnet.

Deux anciens responsables de l’antiterrorisme à la DST, Jean-François Clair et Louis Caprioli avaient, dans le documentaire, refusé d’en dire davantage, sans démentir les propos de leur ancien patron Yves Bonnet. Le juge alors en charge de cette affaire de la rue des Rosiers, Jean-Louis Bruguière, confirmait pour sa part n’avoir pas été informé des tractations secrètes menées par la DST avec le commanditaire présumé de l’attentat.

A la suite de la diffusion de notre documentaire, ces propos sur le pacte secret passé avec Abou Nidal pour sanctuariser le territoire français avaient déjà provoqué quelques réactions, notamment de parties civiles de l’enquête sur l’attentat de la rue des Rosiers, qui avait fait  6 morts et des dizaines de blessés. Ayant eu connaissance de ces propos dans notre documentaire, le juge d’instruction qui poursuit cette enquête a convoqué Yves Bonnet, ainsi que Jean-François Clair et Louis Caprioli.

Devant le juge, comme l’a révélé ces jours ci le Parisien, Yves Bonnet a confirmé l’existence de ces négociations, justifiées à ses yeux par l’arrêt des attentats. Clair et Caprioli se sont contentés de déclarer que tout cela était couvert par le secret défense. Ces confirmations et silences ont provoqué de nouvelles réactions scandalisées, notamment d’avocats des parties civiles, réclamant la déclassification de documents officiels sur le sujet, voire une commission d’enquête parlementaire sur ce type de négociation.

PS (14/8): Le CRIF a dénoncé un “scandale d’Etat” concernant l’impunité garantie à des auteurs d’attentats et réclame, lui aussi, la création d’une commission d’enquête parlementaire. Les députés LRem, présidés par Gilles Le Gendre, ont fait savoir qu’ils souhaitent “que lumière soit faite sur les révélations d’un accord qui aurait garanti l’impunité aux auteurs présumés de l’attentat de la rue des Rosiers en 1982. La gravité des faits en cause impose une confirmation qui ne peut souffrir aucune contestation”.

PS (10/9): Lors d’une émission sur CNews le 10/9 (voir le replay ci-dessous), à laquelle j’ai participé et durant laquelle j’ai apporté des précisions, les réactions à ces révélations se sont poursuivies, notamment par l’intermédiaire du député Meyer Habib, qui a déjà réuni une quarantaine de ses collègues en faveur de la création d’une commission d’enquête parlementaire.

Concernant ce pacte secret avec Abou Nidal, sur lequel j’ai enquêté, je peux avancer plusieurs choses:

d’une part, les discussions avec le groupe Abou Nidal sont relativement documentées et établies de longue date, notamment, avant les propos d’Yves Bonnet, par des témoignages variés, dont ceux de Gilles Ménage, ancien directeur de cabinet du président Mitterrand (dans son livre “L’oeil du pouvoir”, Fayard 2001) de l’ancien directeur de la DST Rémy Pautrat (nommé en 1985) qui en avait donné quelques détails dans le livre “les espions français parlent” (Nouveau Monde 2011) de l’ancien directeur adjoint de la DST Raymond Nart, qui avait raconté ses rencontres avec Abou Nidal dans “Carnets intimes de la DST” (Fayard 2011).

-d’autre part, il n’y a aucun doute sur le fait que François Mitterrand a couvert ces négociations, comme en témoigne Gilles Ménage dans ses écrits. Le président, même s’il mentira devant Jacques Chirac en prétendant le contraire, a été parfaitement tenu au courant de leurs avancées et des débats qui ont eu lieu à l’Elysée sur le sujet sensible de 1983 à 1986. Gilles Ménage ayant laissé de nombreuses archives, des documents officiels évoquent forcément cette histoire, que ce soit à la DST ou à l’Elysée.

Pour mon livre Erreurs fatales, comment nos présidents ont failli face au terrorisme (Fayard/LLL, 2017), j’ai complété l’enquête et obtenu d’autres témoignages complémentaires, notamment de Gilles Ménage et de plusieurs anciens de la DST, visant à éclairer ce que j’ai appelé une “schizophrénie au coeur de l’Etat”, ces négociations secrètes étant menées parallèlement à une enquête judiciaire longtemps condamnée à l’impasse.

On peut grosso modo établir plusieurs phases dans cette histoire, qui comporte en réalité 2 deals successifs entre 1983 et 1986. (voir plus de détails p. 57 à 75 de “Erreurs fatales”)

début 1983, ces pourparlers secrets débutent avec des proches d’Abu Nidal, sous la houlette de Philippe Rondot, conseiller spécial du directeur de la DST, avec l’aval du général Saulnier,chef d’état-major particulier du président Mitterrand.

En avril 1983, un premier deal est passé à Vienne avec des proches du terroriste. Il vise à éviter toute poursuite en France d’Abu Nidal et ses proches en échange d’une absence de tout attentat en France. Abu Nidal respecte dans un premier temps le deal, mais il continue de commettre des attentats en Europe, notamment en faisant assassiner le 10 avril 1983 au Portugal Issam Sertaoui, dirigeant de l’OLP, et en  faisant exploser des bombes ailleurs.

Au début de 1984, l’accord est rompu du fait d’Abu Nidal, car il fait tuer à Paris l’ambassadeur des Emirats arabes unis. La France n’est plus sanctuarisée. Les émissaires de la DST repartent donc en mission pour sonder les intentions du terroriste.

Au deuxième semestre 1984, un deuxième round de négociations débute entre la DST et Abou Nidal, qui réclame l’ouverture à Paris d’un bureau de son organisation et exige la libération de deux de ses lieutenants, emprisonnés en France pour avoir tué le représentant de l’OLP à Paris, Ezzedine Kalak en 1978. L’Elysée donne un préaccord de principe à leur libération anticipée, sous réserve d’un avis favorable d’une commission locale d’application des peines. Comme celle-ci tarde à statuer, les proches d’Abu Nidal s’impatientent. Les négociations sont dans l’impasse.

-Fin 1985, la tension monte d’un cran car Abou Nidal  mulitiplie les attentats en Europe (Rome, Vienne, notamment) et menace à nouveau la France d’attentats de grande ampleur si ses lieutenants ne sont pas libérés rapidement. Gilles Ménage presse le président Mitterrand de céder, mais le garde des Sceaux Robert Badinter tente de s’y opposer, tout comme le ministre des Affaires étrangères Roland Dumas et le Premier ministre Laurent Fabius. Mitterrand finit par donner son accord à la libération anticipée des deux tueurs. Lors d’une rencontre à Alger fin décembre 1985 avec les représentants de la DST (dont Raymond Nart, Jean-François Clair, Philippe Rondot), Abou Nidal semble ravi…

Le 5 février 1986, les deux tueurs quittent la prison du Muret, près de Toulouse, et sont exfiltrés vers la Libye, comme convenu.

-Le 24 mars 1986, François Mitterrand évoque cette négociation avec le nouveau Premier ministre Jacques Chirac, en prétendant que la DST l’a conduite sans le prévenir. C’est faux et Gilles Ménage s’étouffe en écoutant ces propos qui lui sont rapportés par Jean-Louis Bianco, secrétaire général de l’Elysée.  Car Mitterrand a validé toutes les étapes de ce négociation secrète.

Seule consolation : Abou Nidal semble tenir promesse. Il ne frappe plus directement la France. « Nous avons évité le pire », expliquent alors les responsables de la DST, qui sont autorisés, après mars 1986, par le nouveau ministre de l’Intérieur, Charles Pasqua, à garder le contact avec les lieutenants du terroriste. « Nous n’éprouvions à l’évidence aucune satisfaction à traiter avec une organisation qui ne faisait aucun cas de la vie humaine et portait la responsabilité d’un nombre important de victimes innocentes. Mais le souci de préserver nos compatriotes nous animait et les activités de renseignement ne s’exercent pas toujours en gants blancs », témoignera Rémy Pautrat.

Cependant, ces accords s’apparentent en partie à des chimères. Car les négociations renforcent l’aura du terroriste, qui peut se targuer de contacts à haut niveau à Paris. Protégé désormais par le colonel Kadhafi en Libye, le mercenaire continue de commettre ses opérations terroristes partout ailleurs, que ce soit un détournement d’un avion de Pan Am à Karachi en septembre 1986 ou l’attaque meurtrière du bateau grec City of Poros en juillet 1988 qui fait neuf victimes, dont trois Français, et près d’une centaine de blessés…

 

28
Jul
2019
0

Quand les tueurs de la République inspirent les romanciers

Paru en 2015 (puis en 2016 en poche), mon livre-enquête sur Les tueurs de la République continue de faire parler de lui. Il inspire même, directement ou indirectement, des romanciers, qui ont visiblement puisé dans mon enquête de quoi nourrir leurs écrits.

Naturellement, je ne suis pas le premier à donner des idées à des écrivains sur les opérations Homo (pour homicides) ni les missions secrètes confiées à des agents très spéciaux, visant à éliminer des ennemis présumés des Etats. Quelques exemples, parmi d’autres:

 

 

-Le fameux Robert Ludlum, auteur de la trilogie Bourne “La mémoire dans la peau”, “la mort dans la peau” et “la vengeance dans la peau“, incarnée au cinéma par Matt Damon, racontait, au début des années 80, l’histoire d’un tueur d’une cellule clandestine de la CIA, devenu amnésique et poursuivi par ses anciens employeurs.

“Jason Bourne était une ordure, un traîne savates paranoïaque, mêlé à la guerre du Vietnam en participant à une opération dont personne aujourd’hui encore, n’accepte de reconnaître l’existence. C’était un ramassis de tueurs, de paumés, de contrebandiers et de voleurs, criminels en fuite” avoue un dirigeant de la CIA dans l’un des opus.

Mais Jason Bourne est une fausse identité, une légende. Et c’est sa vraie identité que cherche, tout au long du récit, le tueur ayant perdu la mémoire.

 

-Dans un roman à clés, assez mystérieux, titré “La vie mélancolique des méduses” (Grasset), publié en 2005, l’ancien ministre de la Défense, François Léotard, – qui connaissait quelques arcanes des services secrets pour en avoir eu la tutelle – s’était mis, lui aussi, dans la peau d’un “tueur”, mais au service de la France.

Nous ne savons pas les noms de ceux qui nous donnent des ordres, ni à fortiori l’identité de ceux qui les emploient. Payés en liquide, nous sommes des fugitifs, insensible, visqueux, sans visages. Nous gérons la vie des profondeurs. Assez semblable en cela aux agents de nettoiement qui font disparaître dans la nuit ce qui doit être éliminé… Drôle de métier quand même; métier d’un monde inversé, passé sous silence, inconnu des journaux et des juges, des parlements et des ambassades, métier de mort au service de cause indéchiffrables, présentées comme des raisons d’Etat“.

En réalité, François Léotard ne pouvait dévoiler le nom de la cellule Alpha, constituée au milieu des années 80, chargée, en marge du service action de la DGSE, des opérations d’élimination, cellule dont j’ai raconté l’histoire. Mais il mettait à nu les états d’âme d’un tueur invisible, une méduse…

-Autre précurseur, DOA, nom d’emprunt (Dead on arrival) d’un romancier passionné d’histoires secrètes, a, en 2007, narré dans son roman “Citoyens clandestins” (Gallimard) les opérations d’un autre tueur, surnommé Lynx, employé par les services secrets français, pour régler leurs comptes à des terroristes islamistes sur le territoire français, dans le contexte de la suite des attentats du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis. Le récit est poignant, complexe, avec des guerres des services (PJ, DST, RG, DRM, DGSE), des sociétés opaques de mercenaires et d’armement, et des coups bas dans tous les sens… Lynx exécute ses “cibles” de sang-froid, en écoutant de la musique…

“Il injectait au prisonnier un curare dépolarisant utilisé en anesthésie, mais à une dose telle que celui-ce ne se réveillerait plus jamais. Bientôt, tous ses muscles se tétaniseraient puis, progressivement paralysé, il finirait par ne plus pouvoir ne serait)ce que respirer et mourrait. Le produit se métaboliserait dans l’organisme quelques minutes après son inoculation, devenant ainsi indétectable”.

 

 

 

 

Plus récemment, dans la foulée du mon livre, qui n’était pas une fiction, d’autres romanciers ont creusé cette veine.

-C’est notamment le cas, avec talent, pour Laurent Gaudé, prix Goncourt, qui a écrit en 2006, un best-seller Ecoutez nos défaites (Actes Sud), où il croise le récit d’Assem, un tueur des services secrets français, qui a notamment participé aux opérations visant à éliminer le colonel Kadhafi en 2011, et l’histoire de plusieurs meneurs de grandes guerres, Grant, Hannibal, Selassié, aux couleurs souvent sombres, car les victoires n’existent pas, pas plus que les défaites…

“Il a mené des opérations pour les renseignements français de Bamako à Genève, de Beyrouth à Tanger. Il a vu des régimes tomber, des peuples se relever, des hommes mourir. Aujourd’hui, Assem Graïeb est fatigué. La mission qu’il accepte est peut-être la dernière : retrouver un ancien membre des commandos d’élite américains soupçonné de divers trafics.

Laurent Gaudé a confié, lors de plusieurs interviews lors de la sortie de son livre (notamment sur RTL le 1/9/2016) avoir été “assez frappé” par mon livre sur les “tueurs de la République, au point de s’en inspirer pour dresser le portrait de son anti-héros, dans les zones grises des guerres modernes.

 

 

-En 2018, le romancier Henri Loevenbruck, s’est également saisi du sujet, dans un thriller titré J’irai tuer pour vous (Flammarion). Le récit, très documenté, se déroule au milieu des années 80, alors que la France traverse sa pire période d’attentats (1985-1986) et de prises d’otages au Liban, et que le pouvoir politique (ils sont tous là, Mitterrand Chirac, Pasqua) est démuni. Le roman met en scène un “tueur de la république”, nommé Marc Masson, alias Hadès, inspiré d’un personnage réel, chargé, après des aventures en Amérique Latine, de missions spéciales par la DGSE, en l’occurrence éliminer les commanditaires présumés d”attentats et de prises d’otages, dont un certain Ahmed, dit le Vautour, pilier du Hezbollah, allié des Iraniens. Tout le contexte est vrai, seule l’histoire de Marc Masson, est fictionnée. Et encore…

“Marc, tapi dans l’ombre, reconnut sans peine les traits du sinistres Ahmed M, qui entreprit son tour rituel du pâté de maisons avant de s’engouffrer enfin à l’intérieur du bâtiment. Tout se passait comme prévu. l’ordre tant attendu tomba à 15h17: -“Hadès, de Serpico. Procédez.” Marc, grisé par l’adrénaline, passa immédiatement à l’action. […] A 15h37, enfin, alors que le Vautour avait de nouveau disparu dans le sous-sol de l’immeuble, l’explosion déchira l’air dans une gerbe de métal et de feu, résonnant au milieu des vieux immeubles de Beyrouth. -“Hadès, de Serpico, mission réussie, entamez votre parcours de dégagement. Terminé.”

 

-Enfin, le sociologue Adil Jazouli, expert des banlieues, a publié début 2019, un curieux livre “Le liquidateur des Fichés S” (La boîte de pandore), où il imagine les missions secrètes d’un commandant de police, nommé Ange Espada, chargé par son mentor d’employer la manière forte pour neutraliser des présumés terroristes en France. Après avoir subi des traumatismes lors d’interventions musclées au sein de la BRI, Ange Espada accepte un poste officielle à la DGSI, mais aussi de mener clandestinement des opérations illégales:

“Prélever quelques islamistes fichés S, criminel et assassins en puissance te menace permanente contre le pays. Procéder à des exécutions préventives et extra-judiciaire, car c’est bien de cela qu’il s’agissait. Il avait dit oui à cette proposition un peu folle parce qu’elle correspondait à ce qu’il pensait lui-même sans oser aller jus’u bout de son raisonnement.”

Naturellement, ce roman est peu crédible en vérité, mais le fait qu’un sociologue connu imagine ce type de scénario pour que “la peur change de camp” est assez révélateur du basculement assez radical d’une frange de l’opinion en faveur de ce type d’opérations. Mais ce n’est qu’un roman!

 

Bonnes lectures!

15
Jun
2019
0

L’Elysée et l’antiterrorisme: projection-débat à l’Ecole militaire

Invité par Guillaume Farde, maître de conférences et conseiller scientifique de la spécialité sécurité-défense de l’Ecole des affaires publiques de Sciences-Po Paris, j’ai participé, le 12 juin 2019 à la projection d’une partie du film “Histoire secrète de l’antiterrorisme que j’ai signé pour France 2 l’an dernier, suivie d’un débat avec plusieurs participants, dont Floran Vadillo, politologue et spécialiste du renseignement, et Bernard Squarcini, ancien patron de la DCRI (renseignement intérieur).

Cet événement était organisé par les associations ANAJ-IHEDN, INHESJ-jeunes, et l’association Sciences-po défense & Stratégie. Plus de 400 participants, pour la plupart jeunes, ont manifesté leur intérêt pour le film et pour le débat portant sur l‘Elysée face au terrorisme des années 1981 à 1995.

 

L’occasion d’évoquer la manière dont la France a fait face aux 2 vagues d’attentats (1986 et 1995) en provenance d’Iran et d’Algérie. Et de partager des réflexions sur l’organisation de la lutte anti-terroriste à cette époque, qui manquait cruellement de coordination, comme je l’avais raconté dans mon livre Erreurs fatales, paru en 2017…

Merci aux organisateurs et aux participants de cette belle soirée riche. Nous aurons sans doute l’occasion de prolonger ces débats, avec la suite du film qui porte sur la période 2001/2018…

12
Apr
2019
0

La guerre des parrains corses (suite): les héritiers au pouvoir

Mon collègue (et ami) Jacques Follorou, journaliste d’investigation au Monde publie ces jours-ci “Parrains corses: la guerre continue, au coeur du système mafieux” chez Plon.

Il s’agit de la version actualisée et enrichie de son précédent livre “La guerre des parrains corses” paru en 2013 chez Flammarion, qui faisait déjà suite à notre ouvrage écrit en commun “Les parrains corses”, publié en 2004 et actualisé en 2009.

En réalité, voilà plus de 15 ans que Jacques Follorou enquête sur ce sujet sensible, celui de la criminalité organisée corse qu’il faut bien appeler une mafia, tant elle empoisonne la société corse et menace notre démocratie. Un travail de fourmi, précis, documenté, mis à jour plusieurs fois et enrichi au fur et à mesure des affaires, des règlements de compte, des séjours sur place et d’un accès à des sources variées.

Nous avions, en 2004, raconté l’histoire, l’essor et l’impunité de cette criminalité organisée corse, que ce soit depuis Marseille dans les années 1920-1970 puis dans l’île depuis le début des années 80. L’ampleur de ce phénomène était alors sous-estimé et la mot “mafia” que nous avions employé choquait certains esprits aveugles.

Depuis lors, le phénomène mafieux – qui a des spécificités corses, loin des “modèles” italiens – n’a cessé de se développer. Et la mafia corse, comme le révèle Jacques Follorou dans son dernier opus, dispose désormais de nouveaux leviers économiques et politiques puissants.

De la lecture de “Parrains corses: la guerre continue”, il ressort, à mon sens, quelques points saillants:

-les règlements de comptes qui ont émaillé ces dix dernières années témoignent d’une rivalité sanglante de clans corses, qui est loin d’être achevée. Le système qui avait longtemps “tenu” l’île – à savoir le clan du “parrain” Jean-Jé Colonna dans le sud de l’île et le clan dit de la Brise de mer dans le nord – s’est bien effondré avec la mort de Jean-Jé en novembre 2006, suivie d’une guerre fratricide au sein de la Brise de mer, qui avait pourtant résisté jusque-là à plusieurs décennies de soubresauts. Aujourd’hui, plusieurs clans se disputent le contrôle de certains territoires et marchés (drogue, racket, marchés publics, sports, médias, etc). Le clan dit du Petit Bar, du nom d’un bar d’Ajaccio où ses figures se réunissaient, semble prendre de l’ampleur dans le sud, avec d’importants appuis, dans le monde économique.

Les fils des anciens parrains montent en puissance, avec les mêmes réflexes, la même violence, le même appétit féroce que leurs aînés. Certains mènent à bien des véritables vendettas, des vengeances personnelles, qui s’apparentent à une fuite en avant criminelle. Les parcours de certains d’entre eux – comme les fils de Francis Guazzelli, ou le fils de Francis Mariani, deux piliers de la Brise de mer – sont détaillés et documentés dans le livre. Ils semblent être les héritiers et les acteurs d’une histoire déjà lourde. Et ce n’est visiblement pas fini.

-L’impunité perdure. On s’interroge, au fil des pages, sur le sort de certaines procédures dans l’impasse, sur des complicités – parfois incroyables – dont certains parrains semblent bénéficier, que ce soit en Corse, en métropole et jusqu’en Afrique où certaines figures du crime organisé corse ont des amis influents qui les protègent. Mais le livre met aussi en lumière la complexité des enquêtes – notamment criminelles ou financières -pour établir des preuves judiciaires. Il remet aussi en perspective les atermoiements permanents de l’Etat sur le sujet, la difficulté d’adopter enfin un vrai statut pour les repentis qui commencent à parler.

A l’arrivée, c’est un morceau du territoire qui est gangrené, son tissu économique infiltré, ses réseaux politiques instrumentalisés, la démocratie menacée par ce pouvoir souterrain. Triste constat.

 

Pour en savoir davantage sur le livre, écouter l’émission de RTL L’heure du crime, du 11 avril 2019, avec Jacques Follorou. Ou retrouver le livre sur le site de Plon.

Par ailleurs, France 2 a diffusé le 9 avril au soir un documentaire intitulé “Narcotrafic, la nouvelle guerre”, retraçant l’histoire du trafic de drogue, avec des figures historiques, dont les Guérini à Marseille dans les années de la French Connection, Escobar en Colombie et El Chapo au Mexique. Un documentaire où j’intervenais notamment sur les Guérini et la French connection, initiés par les parrains corses…

17
Mar
2019
0

Génération Beltrame

Dans le Figaro Magazine du 20 octobre 2018, j’avais fait paraître une enquête sur l’impact de la mort du colonel Beltrame, suite à l’attentat de Trèbes du 23 mars 2018. En interrogeant de nombreux responsables de la gendarmerie, des élus locaux, des dirigeants d’école et d’élèves, je constatais que la mort héroïque d’Arnaud Beltrame avait profondément marqué les esprits. C’est toujours le cas aujourd’hui.

Au-delà de l’hommage national qui lui a été rendu le 28 mars 2018, et des célébrations qui auront lieu en mars 2019 pour le premier anniversaire des attentats de Trèbes, des centaines de lieux portent déjà son nom et plusieurs ouvrages lui sont consacrés. A mon sens, pour trois raisons essentielles:

le geste héroïque consistant à prendre la place d’une otage en risquant sa vie n’est pas courant. Même s’il n’est pas conforme aux règles (comme me le rappelle dans l’article le directeur général de la gendarmerie nationale, le général Lizurey), il renvoie chacun à des questions fondamentales sur ce qu’on ferait dans ce cas de figure. Et la réponse n’est pas évidente…

Le parcours et la carrière d’Arnaud Beltrame en ont fait une figure droite et chevaleresque, qui, en dépit de ses échecs, incarne des valeurs auxquelles beaucoup sont attachés.

Enfin les circonstances et le moment de l’attentat de Trèbes ont constitué un tournant, chaque citoyen sentant que le terrorisme islamiste peut désormais frapper partout, mais que l’on peut aussi s’y opposer. Et les soldats morts au combat, sur des théâtres extérieurs, restent inconnus, alors qu’Arnaud Beltrame a eu un visage.

Au-delà de l’émotion, c’est la première fois qu’une telle figure de “héros” transparaît aussi publiquement dans la lutte contre le terrorisme et suscite des vocations, au point qu’on peut parler d’une forme de génération Beltrame en gestation. Reste à savoir si cet effet sera durable et se transformera en action, comme me l’a confié Cédric Beltrame, l’un des frères d’Arnaud.

Dans un message qu’il m’a adressé après la parution de l’article, Cédric Beltrame m’écrit: “Merci pour l’article, tous ceux qui l’ont lu ont trouvé que c’était très bien et reflétait bien l’état d’esprit d’une majorité de français par rapport à l’acte héroïque d’Arnaud et face au futur.”

Pour lire ou relire l’article complet du Fig Mag, c’est ici .  MAG1982_072,

 

Et pour prolonger le sujet, plusieurs ouvrages à lire et découvrir

-Arnaud Beltrame, le héros dont la France a besoin, de Jacques Duplessy et Benoît Leprince, Editions de l’Observatoire (juin 2018), 190 pages, 17€

Ce livre a le mérite d’avoir été le premier à revenir sur l’ensemble des événements tragiques de Trèbes et sur le parcours de l’officier décédé le 24 mars 2018. Ecrit dans la foulée par deux journalistes, il a bénéficié de l’appui, sous forme de préface et postface, de deux personnalités de poids : le général Richard Lizurey, directeur général de la gendarmerie nationale, et Bernard Bajolet, ancien directeur de la DGSE et ex-ambassadeur de France en Irak, où il avait côtoyé Arnaud Beltrame. Une partie des recettes du livre sera reversée à la fondation « Maison de la Gendarmerie ».

-Arnaud Beltrame, gendarme de France, de Christophe Carichon, Editions du Rocher (3 octobre 2018), 224 pages, 16,9€.

Ecrit par un professeur d’histoire, spécialiste des questions militaires, et reposant sur de nombreux témoignages, dont ceux de sa famille, cette biographie détaillée est centrée sur les racines, l’itinéraire, les étapes et les quêtes spirituelles qui ont construit Arnaud Beltrame. Il inclut également des précisions sur la prise d’otages à Trèbes, notamment les échanges d’Arnaud Beltrame avec les forces de l’ordre avant l’assaut. Un ouvrage complet.

Arnaud Beltrame, l’héroïsme pour servir, Mareuil Editions, (31 octobre 2018), 18€.

Signé par un ancien journaliste à l’AFP, expert des sujets de sécurité, ce livre retrace également la vie de l’officier, son rôle à Trèbes et les hommages qui lui sont rendus. Il s’attache surtout à resituer son acte dans l’histoire de la gendarmerie, de ses faits d’armes militaires, depuis la bataille d’Azincourt (1415) jusqu’à l’assaut du GIGN à Marignane en 1994.

-Au nom du frère, de Cédric et Damien Beltrame, Grasset (novembre 2018), 240 pages, 18€

Les deux frères cadets d’Arnaud Beltrame ont décidé de raconter, sans volonté exhaustive, des moments forts partagés : un destin de famille bouleversée, des jeux d’enfance, des marches communes en Corse ou dans les Alpes. Ils livrent un récit personnel sur l’itinéraire de ce « soldat d’exception » que les armes et la violence ne fascinaient pas. Dans la fraternité de sang, puis dans celle liée à sa foi catholique et à son idéal maçonnique, transparaît un homme qui a connu aussi des moments difficiles et qui plaçait l’honneur au-dessus de tout.

-C’était mon fils, de Nicolle Beltrame, avec Arnaud Tousch, Albien Michel (mars 2019), 208 pages, 17€

Prenant la plume, la mère d’Arnaud Beltrame livre aussi un témoignage poignant sur son fils, son engagement, ses valeurs. Elle s’interroge sur les raisons qui ont pu retarder ( de 11 minutes!) l’assaut des forces de police après qu’il ait appelé à l’aide. Elle dit n’avoir aucune haine à l’égard du terroriste, mais seulement de l’indifférence. Elle souhaite surtout qu’il y ait un avant et un après Trèbes. Que la mort de son fils montre à tout le monde que l’on peut se tenir debout face aux épreuves. Un livre courageux.

 

5
Feb
2019
0

Comment le fisc vous espionne

Paru dans le Figaro Magazine le 25 janvier 2019, voici un gros dossier sur les nouveaux outils du fisc pour vous espionner…

Sous la houlette de son ministre Gérald Darmanin, Bercy se met au big data et veut surveiller les réseaux sociaux.

“Durcissement des sanctions, création d’une police fiscale, recueil d’informations provenant de l’étranger, usage intensif de l’intelligence artificielle. Bercy met le paquet pour lutter contre la fraude fiscale. Y compris en voulant surveiller les contribuables sur les réseaux sociaux…”

Pour lire l’intégralité de l’article, c’est ici…

mag-23156-p044-053 copie

22
Jan
2019
0

PJ le grand malaise

J’ai publié le 18 janvier 2019 dans le Figaro Magazine un article sur le malaise des Officiers de police judiciaire.

Police Judiciaire : le grand malaise

 Les enquêteurs de police judiciaire dénoncent de longue date l’alourdissement des procédures qui les transforment en gratte-papiers, au détriment du terrain. Malgré les promesses de simplification faites par l’Elysée, le projet de loi sur le Justice, qui doit être adopté au Parlement mi-janvier, ne répond pas à leurs attentes. La déception et la démotivation gagnent tous les services de PJ.

Pour lire l’article en entier, c’est ici

PJmag-23150-p050-056

22
Dec
2018
0

Les nouvelles guerres du Mossad

J’ai publié le 14 décembre dans le Figaro Magazine un long article sur les nouvelles guerres du Mossad, le service secret israélien.

“Réputé mondialement pour son audace, le service secret israélien a traversé ces dernières années une zone de turbulences : échecs, méfiance, conflits avec le Premier ministre. Mais Benjamin Netanyahou a nommé un de ses fidèles à la tête du Mossad. C’est lui qui a désormais toute latitude pour mener la guerre secrète sans merci contre l’Iran, le principal ennemi.”

Yossi Cohen, le patron du Mossad, lors d’une conférence publique fin 2018.

Tout le récit de cette guerre secrète  à lire et découvrir ici, avec un encadré sur les relations compliquées du Mossad avec les services français.

MAG1990_064