14
Nov
2017
0

13 novembre: deux ans après les attentats, quelles menaces?

Le 13 novembre 2017, j’étais invité par Nathalie Lévy sur le plateau de BFM TV pour la commémoration des attentats de Paris et Saint-Denis deux ans auparavant. Une émission à revoir ici, où j’interviens pour faire le point sur l’enquête en cours (très avancée) et sur les menaces (exogènes, toujours fortes, endogènes qui ne sont pas récentes, contrairement à ce qu’on peut lire ici et là)

 

BFM 13 novembre 2017

 

A lire également, pas ces temps trop focalisés sur l’actualité, l’analyse sans complaisance de l’expert Yves Trotignon sur nos failles du renseignement, qui n’ont pas vraiment disparu depuis l’affaire Merah…

Et le livre très complet et didactique du journaliste Nicolas Hénin, “Comprendre le terrorisme” chez Fayard (voir la présentation et un extrait ici) paru ces jours-ci.

16
Oct
2017
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“Si les djihadistes périssent à Raqqa, tant mieux”: Florence Parly brise un tabou

Sur Europe 1 dimanche 15 octobre, la ministre des Armées Florence Parly, interrogée sur le sort des derniers djihadistes étrangers (dont des Français) encerclés à Raqqa, un des derniers fiefs de l’organisation Etat islamique, a répondu: “Si des djihadistes périssent à Raqqa, c’est tant mieux”. Et d’ajouter: “Nous pouvons poursuivre le combat pour neutraliser le maximum de djihadistes.”

Ces déclarations ont provoqué quelques réactions, car la ministre a ainsi exprimé tout haut ce que beaucoup d’experts et gouvernants pensent: à savoir qu’il faut limiter au maximum le retour des combattants de l’EI en Europe, et donc en éliminer le plus possible sur place, dans le cadre des opérations militaires menées à Raqqa par les Forces démocratiques syriennes (FDS) avec l’appui de la coalition internationale.

parly europe1

En réalité, ces propos vont un peu plus loin que les démentis un peu gênés du gouvernement Valls et de son ministre de la Défense suite à la publication en mai dernier d’un article du Wall Street Journal (voir mon article à ce sujet ici) qui évoquait des exécutions ciblées “sous-traitées” par la France aux Irakiens dans le cadre de la bataille de Mossoul.

Cette fois-ci, la ministre donne une vision plus “cash” de la volonté d’éliminer les djihadistes français en Syrie, dans le cadre d’opérations de guerre, bien sûr, mais aussi peut-être autrement, ce qui fait écho à ce qu’ai écrit en 2015 dans “Les tueurs de la république” et début 2017 dans “Erreurs fatales“, au sujet des exécutions ciblées.

Le refus de la France, évoqué la semaine dernière par l’Observatoire syrien des droits de l’homme, de laisser sortir du fief de l’EI à Raqqa certains combattants suspectés d’être des orchestrateurs des attentats de Paris du 13 novembre 2015 et de Bruxelles de mars 2016, notamment  Abdelilah Himich, dit Abou Souleyman Al-Faransi, originaire de Lunel (Hérault) est révélateur de cette fermeté française: si Himich est à Raqqa, qu’il y reste, et ne puisse figurer sur les combattants autorisés à sortir de la zone cernée dans le cadre de négociations sur place, tel est le message qui aurait été délivrée par la DGSE. Sous-entendu: tant pis pour eux…

Suite aux propos de Florence Parly, France 2 a fait un sujet dans son JT du 16 octobre, où j’interviens brièvement pour expliquer les problèmes juridiques et moraux soulevés par de possibles exécutions ciblées (à revoir ici en replay, 2èle sujet du 20h)

france 2 15 10:17

Et l’Obs m’a interviewé sur le sujet pour son site, avec un article que voici.

“Si certains djihadistes périssent, tant mieux” : “Florence Parly brise un tabou”

Pour le journaliste Vincent Nouzille, la ministre des Armées illustre le non-dit des éliminations de djihadistes par la France

La ministre des Armées Florence Parly a suscité une salve de réactions en déclarant, à rebours des éléments de langage habituels, que la France se satisferait de la mort de djihadistes français dans les combats de Raqqa, bastion syrien du groupe Etat islamique en passe d’être conquis par les troupes FDS à majorité kurde, avec l’appui des avions français et américains.

“Ce combat est en train d’être gagné. Ce que nous pouvons faire, c’est poursuivre ce combat pour neutraliser le maximum de djihadistes, ce que nous faisons déjà depuis des mois. Il faut aller au bout”, a martelé la ministre dimanche lors du “Grand Rendez-vous” Europe 1/CNews/”les Echos”. “Nous sommes engagés au côté de nos alliés pour obtenir la destruction de Daech et nous faisons tout pour cela.”

“Ce que nous voulons, c’est aller au bout de ce combat et bien sûr si des djihadistes périssent dans ces combats, je dirais que c’est tant mieux.”

qa, les derniers combattants de l’Etat islamique (gris) encerclés par les FDS (en jaune). Source : isis.liveuamap.com, 16 octobre 2017.

Un “tant mieux” qui correspond à une réalité difficile à exprimer en termes officiels : l’Etat français pourrait profiter du contexte de zone de guerre pour éliminer certaines cibles. Le tout sans passer par des opérations d’assassinats ciblés, opaques du point de vue juridique, dont François Hollande avait admis l’existence dans “Un président ne devrait pas dire ça” de Fabrice Lhomme et Gérard Davet (2016, Stock).

Le journaliste indépendant Vincent Nouzille a enquêté sur ces opérations ultra-secrètes (“les Tueurs de la République”, 2015, Fayard, et “Erreurs fatales”, 2017, Fayard). Il estime qu’avec cette phrase, la ministre des Armées montre que la France persévère dans cette “zone grise”.

Vos derniers ouvrages mettent en lumière la stratégie d’élimination individuelle des djihadistes par l’Etat français sous François Hollande. Estimez-vous qu’Emmanuel Macron suit la même ligne ?

Il n’y a pas de déclarations extrêmement claires sur ce sujet, mais ses positions sur la guerre contre le terrorisme et le conflit syrien montrent une grande continuité de la ligne suivie par François Hollande, y compris sur les sujets les plus sensibles. Il faut prendre des précautions, mais il semble que les moyens employés soient similaires.

La phrase de Florence Parly est bien sûr un propos général : une guerre est déclarée, l’ennemi est identifié et jusqu’au-boutiste, nous sommes en droit de l’éliminer en raison de la menace qu’il représente. Là, le cadre juridique est clair. Mais elle brise aussi un tabou, en laissant entendre que la France se réjouirait que le moins de djihadistes possible fassent leur retour sur le territoire. Et là, nous entrons dans une zone grise.

Pourquoi cette zone grise ?

La France n’étant pas engagée au sol, elle se dégage déjà d’une partie de la responsabilité, par exemple sur le sort des prisonniers capturés par les forces syriennes et l’armée irakienne. Raqqa est la ville où ont été planifiés les attentats du 13-Novembre, et l’opinion ne se posera pas trop de questions si l’on y tue un djihadiste déterminé à y rester et à se battre comme un beau diable.

Mais s’il s’agit de poursuivre sur le chemin du retour ceux qui souhaitent s’enfuir, c’est beaucoup plus sujet à caution. En dehors de la zone de guerre, qui correspond à un contexte déterminé, c’est la logique judiciaire qui est censée s’appliquer. Or, selon mes sources, cette politique de traque existe, elle est menée notamment par la DGSE par le biais d’opérations clandestines dites “d’entrave” qui peuvent aller jusqu’à la “neutralisation”.

Selon l’OSDH, la France aurait souhaité empêcher l’exfiltration hors de Raqqa d’Abdelilah Himich, accusé d’être le cerveau des attentats de Paris et Bruxelles. Est-on face à une décision d’élimination passive, tirant parti du contexte de zone de guerre ?

S’il y a eu volonté de l’empêcher de sortir de la zone, c’est en effet un indice.

Jusqu’à présent, ces éliminations ont toujours ciblé des supérieurs hiérarchiques de l’Etat islamique. Peuvent-elles s’étendre à l’ensemble des djihadistes français présents en Irak et en Syrie ?

C’est très difficile à dire. Les renseignements français disposent certes d’une liste des djihadistes français sur zone, qui tente de qualifier la dangerosité de chacun. Mais cela m’étonnerait qu’on puisse éliminer plusieurs centaines de personnes, cela représente trop de monde, d’autant que la DGSE et les autres services ne surveillent pas seulement les djihadistes français, mais aussi francophones – issus des filières belges et maghrébines, considérés comme des menaces aussi dangereuses. Les renseignements intègrent ce deuxième cercle beaucoup plus grand, qui comprend plusieurs milliers de personnes.

La France aurait exécuté une quarantaine de djihadistes clés sous Hollande

Dans mon dernier livre paru en janvier [“Erreurs fatales”, Fayard, NDLR], j’évaluais à au moins 40 le nombre de djihadistes tués sur décision de Paris, sur les différents terrains d’opérations en Afrique du Nord et au Proche-Orient depuis 2013. Sur ce total, au moins une quinzaine de djihadistes français ont été exécutés depuis 2015 dans la zone syro-irakienne, principalement par des frappes américaines, avec l’aval de Paris.

Outre la menace sécuritaire, choisir de tuer ou laisser tuer ces djihadistes pourrait-il constituer une solution de facilité pour l’Etat, afin d’épargner aux cellules de déradicalisation et au système judiciaire le traitement de centaines de cas insolubles ?

Les experts et décideurs les plus cyniques le disent. La question judiciaire est déjà bien avancée dans de nombreux cas, près de 200 procédures sont en cours. Mais ces personnes seront-elles condamnées ? A quoi ? Que se passera-t-il quand elles ressortiront ? On rentre dans l’inconnu avec ce phénomène de réinsertion à grande échelle, dont on avait déjà eu un petit aperçu avec le démantèlement des filières d’anciens combattants du GIA algérien et d’autres filières afghanes, irakiennes ou tchétchènes dans les années 1990 et 2000. Mais cela ne concernait alors que quelques dizaines de personnes. Aujourd’hui, on parle de plusieurs milliers. Tous les pays vont y être confrontés.

Propos recueillis par Timothée Vilars, le 16 octobre 2017

3
Oct
2017
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Las Vegas: l’Etat islamique revendique, est-ce crédible?

J’étais, le 2 octobre, l’un des invités de l’émission Grand Angle de Jean-Baptiste Boursier sur BFM TV pour parler de terrorisme, des questions sur la revendication par l’Etat islamique du massacre de Las Vegas, sur lequel les autorités américaines demeurent très prudentes. Si l’EI revendique, c’est peut être parce que cette organisation a de plus en plus besoin d’exister, y compris par la propagande et l’intox, dans sa guerre mondiale.

revoir l’émission ici.

13
Sep
2017
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Les tueurs de la République, rediffusions en septembre sur Planète+

RLes deux films “Les tueurs de la République”, adaptés de mon livre paru en 2015 sur le sujet, diffusés pour la première fois le 26 mars dernier, seront rediffusés sur Planète Plus (groupe Canal+) ces prochains jours:

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-jeudi 14 sept à 20h55 (EP1) et 21h45 (EP2)
-dimanche 17 sept à 13h25 (EP1) et 14h25 (EP2)
-jeudi 21 sept à 11h40 (EP1) et 12h35 (EP2)
-samedi 23 sept à 23h50 (EP1) et 00h50 (EP2)

5
Sep
2017
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Assassinats ciblés: quand Foccart ciblait des Allemands

Dans le Monde daté du 6 septembre, mon confrère Jacques Follorou publie une enquête passionnante sur une opération d’assassinat ciblé, une opération Homo dans le langage des services, décidée par le pouvoir français en 1958, dont les archives nationales ont gardé la trace. Un document émanant du chef d’état major des armées adressé à Jacques Foccart, le principal conseiller de l’ombre du général de Gaulle, évoque en effet une “désignation d’objectif”, en l’occurrence un nommé “Schulz-Lesum, sujet allemand, résidant à Tétouan” chef présumé d’une organisation organisant la désertion de légionnaires français d’origine allemande ou autrichienne. La note précise que son exécution devrait avoir lieu en employant un “toxique indétectable”.

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Ce document exceptionnel était notamment exposé fin 2016 au musée des Armées aux Invalides dans le cadre d’une superbe exposition sur les guerre secrètes françaises (à lire ci-dessous) et mon confrère Alain Barluet l’avait évoqué dans le Figaro.

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Le Monde a retracé l’histoire de cet allemand ciblé par les Français et de toute la filière de désertion des légionnaires, dont certains rejoignaient les rangs du FLN algérien. Une enquête minutieuse et complexe, enrichie d’autres documents dénichés aux archives de la défense, de la diplomatie et de témoignages inédits.

Il révèle l’intensité de cette traque aux filières de soutien au FLN qui a mobilisé les services français entre 1954 et 1962, avec des dizaines d’opérations homo, plus ou moins avortées (comme en témoigne cet autre document qui était aussi exposé).

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Je racontais le détail de ces guerres secrètes du SDECE, qui se faisait parfois par une mystérieuse organisation fantôme La Main Rouge, dans mon livre “les Tueurs de la République(Fayard) paru en 2015, dont on peut lire un extrait ici notamment le chapitre 1 sur “les lourds secrets de la guerre d’Algérie”.

Ayant découvert  fin 2016 le document de J Foccart au musée des Armées, j’ai pu également m’en servir pour illustrer et enrichir les documentaires de télévision sur les Tueurs de la République, qui seront rediffusés sur Planète Plus le 14 septembre. Dans le deuxième volet (frappes ciblées), je met en scène Foccart signant l’autorisation de neutralisation de cet allemand.

A lire l’article du Monde (abonnés)

Voir la partie 2 des Tueurs de la République ici (le passage sur le document arrive vers 5’40)

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26
Aug
2017
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Virginia Hall, la vraie vie d’une grande espionne, de Lyon au Chambon-sur-Lignon

Le 3 août, grâce à l’invitation de Marie Chenevier, présidente de l’association des amis du Centre d’histoire de la résistance et de la déportation (CHRD) de Lyon, j’ai été convié au Chambon-sur-Lignon, le pays des “Justes” qui a sauvé des milliers d’enfants juifs durant la guerre, en Haute-Loire, pour faire une conférence sur Virginia Hall, l’espionne américaine dont j’ai publié la biographie en 2007, qui a aidé les résistants à libérer le département de Haute-Loire durant l’été 1944.

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Arrivée sur place presque par hasard en juin 1944, l’espionne de l’OSS (ancêtre de la CIA) avait pris contact avec les maquisards de ce haut plateau pour leur proposer son appui financier et ses contacts radio avec Londres. Grace à Virginia Hall, surnommée “la Madone”, plus d’une vingtaine de parachutages d’armes et d’équipements eurent lieu en juillet et août 1944 qui armèrent les FFI et permirent la libération du département fin août. Ci -dessous Virginia Hall avec quelques-uns des (très jeunes) maquisards du Chambon-sur-Lignon.

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Cette conférence au Chambon-sur-Lignon fut très émouvante puisque une partie du public venu m’écouter était constitué de familles d’anciens résistants, dont la veuve de Gabriel Eyraud, grande figure locale décédée récemment, que j’avais pu rencontrer de son vivant, avec plusieurs autres de ses camarades, pour mon enquête sur Virginia Hall en 2006/2007. J’ai rencontré également d’autres personnes qui ont connu Virginia Hall, ce qui a ravivé leurs souvenirs et ma passion pour cette histoire.

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J’ai pu surtout raconter l’ensemble de la vie de cette américaine rebelle et handicapée (amputée d’une jambe), amoureuse de la France, au parcours incroyable, engagée dans les services britanniques dès février 1941, envoyée en France pour des missions dangereuses en 1941/1942 à Lyon et revenue en 1944 pour aider à la libération du pays. Une héroïne qui a trop longtemps été oubliée et que je continue d’essayer de faire revivre, comme un exemple de courage et de caractère, à travers conférences, articles et autres projets.

A découvrir ou redécouvrir ici dans ce résumé de mon livre.

 

7
Aug
2017
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Le Bureau des légendes, le vrai et le faux

Dans un dossier publié par le Figaro Magazine le 4 août sur la vraie vie des espions (consultable ici)

Fig Mag Espions j’ai essayé de démêler le vrai du faux de la série réussie de Canal + “Le Bureau des légendes”, qui retrace les aventures d’agents de la DGSE. Voici les éléments détaillés réalistes de la série et ceux qui relèvent de la fiction pure.

BDL vrai faux 1

 

BDL 2 faux

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26
Jun
2017
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Macron l’hyper-président qui verrouille ses réseaux de pouvoir

Dans un dossier publié dans le Figaro Magazine le 23 juin, je décortique les réseaux Macron et la manière dont le nouveau président verrouille ainsi son pouvoir. En réalité, Emmanuel Macron, entouré d’une garde rapprochée de fidèles, d’influents amis dans les affaires et d’énarques qui ont pris les commandes des postes clés, veut tout contrôler, y compris les ministres et les principaux hauts fonctionnaires. Macron est déjà hyper-président, car il veut absolument réussir. La manière jupitérienne dont il a récupéré la mainmise sur le renseignement et le lutte contre le terrorisme, et la façon expéditive dont ont été sortis les ministres Modem gênants à cause de soupçons d’affaires (Bayrou, de Sarnez, Goulard) en dit long sur la méthode. Un de ses amis m’a confié: Macron n’est pas un tendre, il ne fera pas de cadeaux…

à découvrir ici.

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