13
Apr
2018
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La guerre secrète des services français pour neutraliser les djihadistes de l’État islamique

Dans le Figaro Magazine du 13 avril 2018, je publie une nouvelle enquête sur la traque des djihadistes français (et francophones) de l’Etat islamique par les services secrets et les états-majors français. Cette traque vise à “neutraliser“, c’est-à-dire capturer quand c’est possible, ou éliminer, tout simplement!

J’ai raconté, dans “Les tueurs de la République” (Fayard, 2015), comme François Hollande avait pris des décisions d’assassinats ciblés (appelées “opérations Homo” pour certaines exécutions clandestines de la DGSE) concernant des ennemis présumés de la France. Et qu’il avait des listes de cibles (high value targets ou high value individuals, HVT/HVI) proposées et actualisées par ses services de renseignement. Hollande l’a lui-même confirmé à mes confrères Gérard Davet et Fabrice L’Homme dans leur ouvrage “Un président ne devrait pas dire çà” paru fin 2016. J’ai donné de nouvelles précisions sur le nombre de ces exécutions ciblées dans “Erreurs fatales” (Fayard/LLL, 2017).

La nouveauté, que je raconte en détail dans le Figaro Magazine, tient bien au fait que cette politique d’élimination a aussi visé, à partir de 2015, des Français partis faire le djihad en Syrie et en Irak dans les rangs de l’Etat islamique. Hollande a brisé un tabou pour tenter d’entraver les attentats de novembre 2015. Et l’autre nouveauté est que son successeur Emmanuel Macron est aussi radical sur le sujet que son prédécesseur.

Des alliances officielles ou officieuses ont été nouées avec nos partenaires (américains, ou, localement, irakiens ou kurdo-arabes) pour traquer et frapper nos cibles communes, notamment en 2017 lors des batailles de Mossoul en Irak et Raqqa en Syrie. Drones, bombes, artillerie, raids au sols, missions clandestines: tous les moyens ont été employés. Selon mes informations, DGSE a été très active sur place et les forces spéciales (qui dépendent du Commandement des opérations spéciales, et de l’état-major des armées) étaient présentes du côté de Mossoul et de Raqua pour collecter du renseignement et aider à la localisation et à la neutralisation des cibles, en lien avec les forces combattantes au sol.

Cette chasse est loin d’être terminée car l’objectif est bien de limiter au maximum les retours en France, comme l’avait laissé entendre la ministre des armées Florence Parly en octobre dernier.

Or, si au moins 300 djihadistes français (le bilan est imprécis, il pourrait aller jusqu’à 500 décès) sont morts en Syrie et en Irak depuis 2014, il en reste des centaines dans la nature, qui ont disparu des radars. Les services les cherchent, car ils constituent des menaces. L’Etat islamique a perdu son fief, mais il a des relais et des affiliés dans de nombreux pays. Des djihadistes francophones ont déjà rejoints ces contrées. La traque continue…

Plus de détails dans le Figaro magazine.

 

27
Mar
2018
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Rise and kill first: une histoire des assassinats ciblés israéliens

Depuis la Deuxième guerre mondiale, Israël a assassiné plus de personnes qu’aucun pays occidental“. Celui qui écrit cela n’est pas un anti-israélien militant, mais au contraire un journaliste israélien réputé: Ronen Bergman, qui travaille sur les sujets militaires et de renseignement pour le grand quotidien Yedioth Ahronoth et contribue également au New York Times Magazine. Malgré la censure et les obstacles, cet expert a pu côtoyer, rencontrer, interviewer la plupart des dirigeants israéliens, des responsables des services secrets israéliens (le très connu Mossad, mais aussi le Shin Bet (renseignement intérieur), l’Aman, le service de renseignement militaire, et les autres), des agents de terrain qui ont mené les opérations.

Il nous livre le fruit de son enquête dans un véritable pavé, bourré de révélations, titré “Rise et kill first, the secret history of Israel’s Targeted assassinations” (Random House), qui vient de paraître aux Etats-Unis et en Europe. Ce livre de 780 pages est passionnant d’un bout à l’autre, parce qu’il raconte, dans le détail, l’ensemble des opérations qui ont conduit Israel, avant même sa création, à tuer, se venger, se protéger, se prémunir, frapper tous ses ennemis présumés, qu’ils soient arabes, palestiniens, égyptiens, jordaniens, irakiens, iraniens…

D’une certaine façon, à la lecture du livre très précis de Bergman, on se rend compte à quel point certains assassinats ont pu changer le cours de l’histoire, à quel point Israel a porté cette pratique à une échelle inédite, principalement après le début de la seconde Intifada (septembre 2000) en réponse à des attentats kamikazes, à quel point surtout cette pratique soulève des questions éthiques, légales, et d’efficacité, que l’auteur ne sous-estime pas, au contraire.

Car la sophistication inouïe des traques, la diversité des moyens employés (poisons, bombes, drones, etc), et l’expérience israélienne de ce type d’assassinats ciblés n’a jamais évité les drames, les erreurs (qu’on se souvienne du pauvre serveur de café marocain assassiné par erreur à Lillehammer après l’attentat contre les JO de Munich, parce qu’il ressemblait à un des chefs d’orchestre de Septembre noir, l’organisation palestinienne qui avait organisé la prise d’otages de Munich). Et si ces opérations ont ralenti, désorganisé ou décapité provisoirement des organisations jugées ennemies d’Israël, elles n’ont jamais permis de remporter des guerres, ni résolu les problèmes politiques des dirigeants israéliens face aux enjeux régionaux. Elles ne constituent qu’une arme, avec des risques de surenchères et de réactions, y compris plus radicales des ennemis. “Il est difficile de prédire ce que l’histoire réserve après qu’une personne ait reçu une balle dans la tête”, écrit Bergman, en décrivant l’évolution de l’OLP qui a suivi l’assassinat d’un de ses leaders, Abou Jihad, à Tunis en 1988. C’est la face cachée de cette politique d’assassinat ciblés que raconte ce livre, avec ces heures sombres, ses “succès” et ses impasses, notamment la traque permanente d’un certain Yasser Arafat, le leader palestinien, dont de nombreux dirigeants israéliens voulaient la peau… sans avoir pu y parvenir

En écrivant en 2015 “Les tueurs de la République, assassinats et opérations spéciales des services secrets”, (Fayard) je tentais de raconter, pour ma part, l’histoire des ces opérations menées par la France, qui ont bien existé et se sont amplifiées ces dernières années, en se fondant justement en partie sur “l’expérience” israélienne.

Cette politique secrète d’assassinats est moins établie et à moins grande échelle que celle d’Israël ou celle des Etats-Unis depuis les années Bush, mais elle a pris la tournure de véritables “vengeances d’Etat” et de frappes ciblées qui suivent le même cours. Avec les mêmes risques d’engrenages.

Dans mon prochain livre, qui porte sur l’histoire secrète des relations franco-israéliennes au plus haut niveau de 1948 à 2018, (à paraitre le 26 avril 2018 chez LLL), j’aborde à nouveau certains aspects des pratiques israéliennes, je révèle quelques éléments nouveaux sur Arafat qui font écho au livre de Bergman, et je décris la coopération secrète entre la France et Israël dans la lutte contre le terrorisme.

15
Mar
2018
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Espion russe empoisonné: la guerre froide est de retour

L’empoisonnement, le 4 mars, de l’ancien espion russe Sergueï Skripal, et de sa fille, dans un parc de Salisbury, en Angleterre, réveille les vieux démons de la guerre froide, comme je l’ai souligné mercredi 14 mars sur BFM TV. Le Royaume-Uni a toujours fait partie des pays-cibles, du fait de la perméabilité supposée de ses services de renseignement (qu’on se souvienne de leur infiltration par le KGB dans les années 50) ou de la forte présence de dissidents sur place.

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Furieuse de cet empoisonnement sur son territoire, le Premier ministre britannique Theresa May a jugé que la Russie était “coupable”, notamment parce que le poison utilisé – le Novitchok, un neurotoxique très puissant, développé secrètement par les militaires russes – oriente naturellement les soupçons vers Moscou et que la cible – un agent double ayant été condamné pour avoir livré des renseignements aux Britanniques – était considéré comme un “traître” par les autorités russes. En représailles, May a décidé d’expulser 23 “diplomates” russes, censés être des espions, et de couper les relatons bilatérales. Ce qui devrait provoquer des mesures similaires côté russe, où l’on parle de “provocation”.

En réalité, il y a assez peu de doutes sur l’implication russe dans cette histoire. La “signature” aisément identifiable du poison est sans doute un message adressé par les officiels Russes à leur ennemis sur le thème: “nous n’oublions pas, nous pouvons vous frapper où que vous soyez et nous n’avons peur de rien”. L’imperium du tsar est conforté par ce message. La Russie de Vladimir Poutine continue d’utiliser les méthodes du KGB de l’ère soviétique, lorsque des traîtres ou des ennemis de l’URSS étaient ciblés à l’étranger. Qu’on se souvienne du “traître” Trotski, assassiné au Mexique en 1940, du dissident Soljenitsyne, empoisonné (il survécut) à la ricine en 1971, du dissident Markov frappé par un poison d’un “parapluie bulgare” en 1978, du leader afghan Amin qui a failli mourir d’empoisonnement en 1979. Le fameux “laboratoire des poisons” créé en 1921 par le KGB n’a cessé d’alimenter l’arsenal des services secrets, y compris quand le SVR a remplacé le KGB dans les années 90.

Poutine

Avec l’avènement du nouveau tsar Poutine, les assassinats ciblés ont été réhabilités, notamment pour neutraliser les personnes considérés comme des ennemis, ou des opposants. La liste des opérations attribuées aux services russes (SVR) est longue: assassinat au Qatar en 2004 du tchétchène Yandubiey, assassinat à Londres au polonium-210 de l’ancien espion Alexandre Litvinenko en 2006, assassinat à Vienne en 2009 du leader tchétchène Irailov; tentative d’assassinat en 2009 à Dubaï d’un ancien espion du renseignement militaire russe Yamadayev; projet d’assassinat déjoué à Londres en 2009 d’un autre tchétchène Ahmed Zakayev. Sans compter la tentative d’empoisonnement puis l’assassinat en 2006 de la journaliste russe Anna Politovskaïa, la mort suspecte à Ascot en 2013 de l’ancien oligarque Boris Berezovsky, ennemi de Poutine, et celle de Boris Nemtsov, un opposant au tsar, tué à Moscou en février 2015.

Autre victime présumée: en mai 2015, l’opposant Kara Murza, vice-président de Russie ouverte, ONG de l’homme d’affaire et prisonnier politique Mikhail Khodorkovsky, a été victime de curieux troubles de santé aux Etats-Unis. Sa famille suspecte les services russes de l’avoir empoisonné.

Dans la foulée de l’affaire Skripal, Theresa May a décidé de réouvrir des enquêtes sur une série de 14 morts suspectes ces dernières années au Royaume Uni, ce qui présage sans doute de nouvelles découvertes concernant de possibles règlements de compte attribués au Kremlin. La mort, le 12 mars, de Nikolaï Glouchkov, ancien dirigeant d’Aeroflot et proche de Boris Berezovski,  est un dernier exemple en date et pourrait contribuer à aiguiser la colère britannique contre Moscou, si l’enquête avançait dans cette direction.

Mais les Russes ne s’embrassassent guère d’états d’âme pour mener cette politique d’élimination. Avec son ami Sergueï Narychkine, ancien directeur de l’administration présidentielle et ancien président de la Douma, qui dirige actuellement le SVR, Poutine peut continuer de dresser des “kill lists” de ses ennemis. Selon des sources d’enquête, Poutine aurait personnellement approuvé l’assassinat de Litvinenko (photos ci-dessous) en 2006. L’un des principaux suspects, l’homme d’affaires Andrei Lougovoi, a fait l’objet d’une demande d’extradition de la part des Britanniques, qui a été … totalement ignorée. Lougovoi a même été élu depuis à la Douma, ce qui lui confère une immunité parlementaire.  C’est dire que le pouvoir russe se moque comme d’une guigne d’apparaître comme le responsable de certaines éliminations. Au contraire. Cela rappelle les grandes heures du tsar ou de la révolution, comme je l’ai souligné dans une interview au Média (revoir ici).

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Poutine, qui va entamer un 4ème mandat, reste populaire en Russie. Aux yeux de ses partisans, il a restauré une certaine puissance russe, prenant ainsi sa “vengeance” sur l’Occident, comme l’a très bien décrit le réalisateur Antoine Vitkine, dans un docu diffusé le 14 mars soir sur France 5. Que ce soit sur son rôle en Crimée, en Ukraine ou en Syrie, Poutine n’a que faire des protestations occidentales et des sanctions qui frappent certains de ses amis.

Mieux, plus on l’accuse – à tort ou à raison – d’ingérence cyber, que ce soit sur les élections américaines, sur le vote du Brexit, sur les élections françaises ou allemandes, plus il est conforté dans son image de puissant! La guerre froide ne lui fait pas peur. Pour lui, seuls comptent les rapports de force… Face à lui, pour le moment, les réactions sont plutôt molles. Barack Obama avait bien expulsé 35 diplomates russes fin 2016 après avoir dénoncé un piratage russe du Parti démocrate. Mais, depuis lors, Donald Trump n’a pas l’air de vouloir contrarier Poutine…

 

15
Feb
2018
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Sur Europe 1: Après le Drakkar, l’échec de la DGSE

Le jeudi 15 février 2017, sur Europe 1, entre 16h et 17h, l’émission “Christophe Hondelatte raconte” a été consacrée aux actions menées par la France, sous l’impulsion du président Mitterrand, notamment la DGSE, après l’attentat du Drakkar ayant tué 58 soldats français à Beyrouth en octobre 1983. Notamment une opération du Service action de la DGSE qui a mal tourné sur place, puis un bombardement aérien. L’émission à réécouter ici.

 

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Je racontais le détail de cette histoire et ses suites, grâce à des témoignages inédits, dans “Les tueurs de la République” (Fayard, 2015) et j’ai aussi mis en image cette opération dans le documentaire télé sur les Tueurs de la République, dans la partie Vengeances d’Etat, diffusé sur Planète.

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Pour en revoir un extrait, c’est ici.

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Pour relire un extrait de mon livre sur cette affaire, c’est ci-dessous.

Quand Mitterrand commanditait un attentat…

Beyrouth, dimanche 23 octobre 1983.

Peu après le lever du jour, à six heures dix-sept du matin, une puissante déflagration secoue la capitale libanaise. Un camion Mercedes jaune bourré de six tonnes de TNT vient de pénétrer dans l’enceinte du quartier général des Marines américains de la Force multinationale, situé près de l’aéroport. Trois minutes plus tard, sur le bord de mer, une autre explosion détruit le Drakkar, l’immeuble en cours de rénovation où étaient cantonnés les parachutistes français. Le bilan de ces deux attentats coordonnés est particulièrement lourd : on dénombre 241 victimes parmi les GI’s  et 58 tués parmi les forces françaises, sans compter la famille libanaise du gardien. Sur place, les sauveteurs découvrent un paysage de désolation, les cadavres et les blessés devant être extraits des ruines encore fumantes des immeubles effondrés, à l’aide de pelles mécaniques et de chiens. Certains rescapés français émettront des doutes sur la thèse officielle du camion suicide venu s’encastrer dans les sous-sols du Drakkar, aucun débris du véhicule piégé n’ayant été retrouvé sur place. Selon eux, l’immeuble, occupé auparavant par les services secrets syriens, aurait été miné préalablement. Mais les sentinelles qui ont pu voir le camion arriver de loin sont décédées et l’explosion a transformé le site en un amas de décombres difficiles à identifier.

A Paris, dans la nuit, le président François Mitterrand est informé de ces évènements par ses collaborateurs. Aussitôt, il ordonne à son ministre de la Défense, Charles Hernu, de se rendre à Beyrouth, avant de se préparer  lui-même à faire ce déplacement, qu’il sait très risqué. Mais Mitterrand est décidé. Cet attentat suicide, il le redoutait plus que tout. Depuis des mois, la tension monte au Liban. La France et les Etats-Unis se sont exposés, en intervenant militairement dans ce pays, sous l’égide de l’ONU. […] Entre le printemps et la fin de l’été, les services de renseignement américains ont reçu plus d’une centaine de messages d’alerte, concernant de possibles attaques à la voiture piégée, sans qu’ils soient assez précis […]. Trois organisations peu connues, dont le Djihad islamique et le Mouvement de la Révolution islamique libre, revendiquent ces deux attentats, saluant le sacrifice des deux kamikazes qui ont conduit les assauts.

 

Mitterrand ordonne des représailles sanglantes contre l’Iran

Le lendemain, dès huit heures du matin, François Mitterrand débarque à Beyrouth pour une visite surprise, placée sous haute surveillance. En se rendant sur le lieu du drame, le président a la mine sombre des circonstances. Il ne cesse de questionner les chefs du contingent français sur les raisons qui les ont poussés à loger les parachutistes dans un immeuble de plusieurs étages, particulièrement exposé. « Ne fallait-il pas étaler ce cantonnement au sol. A-t-on disposé des sacs de sable ? » demande-t-il. Son ton est dur, sa colère froide. En rentrant à Paris, François Mitterrand fulmine toujours. Il veut comprendre et ne pas laisser ce crime impuni. Durant le Conseil des ministres du 26 octobre, il énumère les pistes des possibles commanditaires et […] évoque le fait que Ronald Reagan, son homologue américain, envisage des représailles. « Pour ma part, si je savais à qui j’ai affaire, je n’hésiterais pas, mais je me refuse à faire n’importe quoi, n’importe comment », dit-il devant les ministres, en insistant sur ses doutes concernant la piste iranienne, surtout mise en avant par les Américains.

Mitterrand est déterminé. Dès l’annonce de l’attentat, il a secrètement décidé qu’il faudrait répliquer. Les services de renseignement ont commencé à mener l’enquête. La DGSE émet plusieurs hypothèses, principalement sur la Syrie, l’Iran et même l’URSS. Cependant, des renseignements de plus en plus crédibles proviennent rapidement  des services alliés, pointant la responsabilité de l’Iran. […] Le 2 novembre 1983, dans la cour des Invalides, le président Mitterrand rend un hommage national aux victimes de l’attentat du Drakkar. Dans la foulée, informé de l’état des enquêtes, il réunit dans son bureau élyséen son ministre de la Défense, Charles Hernu, son Chef d’état-major particulier, le général Jean Saulnier, et le directeur de la DGSE, l’amiral Pierre Lacoste. Celui-ci reçoit pour ordre de mener une action de représailles contre l’Iran, considérée comme commanditaire de l’attaque du Drakkar. En l’occurrence, la DGSE propose d’organiser un attentat similaire contre l’immeuble de l’ambassade d’Iran à Beyrouth […] Encore aujourd’hui, l’amiral Pierre Lacoste se remémore ses discussions à l’Elysée sur ce sujet ultra-sensible : « Dès le début, j’ai eu la certitude que les Iraniens étaient responsables et je voulais leur donner un coup d’arrêt. Il s’agissait d’une opération de représailles, en l’occurrence un gros attentat contre l’ambassade d’Iran. Il fallait marquer le coup. J’ai proposé le mode d’action, qui a été étudié et mis au point avec le chef du Service Action. Je suis allé voir Mitterrand à l’Elysée et il a approuvé l’opération » Son nom de code : opération « Santé ».

Un commando spécial échoue une première fois

Le Service Action se mobilise immédiatement […] L’ampleur du drame du Drakkar et la pression élyséenne se conjuguent dans l’urgence. Mitterrand veut frapper vite et fort. Depuis la vague d’attentats endurés par la France mi-1982, c’est devenu presque une habitude. L’Elysée exige des opérations clandestines exécutées dans des délais très courts, prenant à chaque fois le risque de dérapages ou de ratés.

Une équipe d’une vingtaine d’agents du SA, essentiellement issue du centre de Cercottes, près d’Orléans, s’embarque à bord d’un Transall à destination de Beyrouth dans la matinée du 5 novembre 1983. Elle est dirigée par le chef du SA, le colonel Jean-Claude Lordblanchès, qui veut conduire personnellement cette opération jugée stratégique et qui reste en contact permanent avec Paris. L’amiral Lacoste suit l’affaire comme le lait sur le feu. « J’ai accompagné les agents du SA jusqu’au moment où ils ont pris l’avion », confie l’ancien directeur de la DGSE.

Pour sa part, Jean-Michel B., un des membres de l’équipe, qui a déjà une dizaine d’années d’expérience au sein du SA, se souvient de l’ambiance qui régnait au sein du groupe en arrivant à Beyrouth, dans une quasi-improvisation. Il a accepté, pour la première fois, d’en parler, sous couvert d’anonymat. « Nous n’avions pas dormi durant les vingt quatre heures qui précédaient, car nous avions été mobilisés la nuit précédente par les préparatifs, puis par le voyage de jour, dit-il. La fatigue commençait à se faire sentir. Nous avions du stress et une pression énorme. Nous savions que Mitterrand voulait absolument faire quelque chose avant les Américains. L’objectif, l’ambassade d’Iran, avait été choisi très rapidement. Et il n’y avait pas eu de reconnaissance préalable suffisamment précise sur place.»

[…] personne n’a le temps de vérifier le bienfondé des renseignements avant d’intervenir. Car, aussitôt débarqués le 5 novembre, les hommes doivent lancer leur opération dans la nuit. Les instructions sont formelles.

Circulant dans des Jeep empruntés à l’armée française présente à Beyrouth, les agents se rendent près de l’ambassade d’Iran vers trois heures du matin, le 6 novembre, en se faisant passer pour une simple patrouille nocturne de soldats. Ils ont emporté les explosifs, qui ont été répartis en une douzaine de charges. Le mode opératoire a été choisi de manière à détruire complètement l’ambassade, comme le révèlent Jean-Michel B. et Paul C., un autre membre du commando qui a bien voulu confier quelques souvenirs : l’équipe doit installer les charges dans les sous-sols, en les plaçant dans des boudins de plastique sur les piliers soutenant le bâtiment, de manière à ce que l’explosion provoque l’effondrement complet de l’immeuble. Les dégâts prévisibles devaient été considérables. Paris voulait envoyer un message clair à Téhéran sur l’application de la loi du talion. Mitterrand a donné également pour consigne d’éviter les dommages collatéraux, à savoir des victimes dans les zones habitées aux alentours.

Sur le terrain, le scénario ne se déroule pas comme prévu….

(la suite dans Les Tueurs de la République)

 

7
Feb
2018
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Corse, ce que veulent les nationalistes

Les alliés nationalistes corses Jean-Guy Talamoni (indépendantiste, ci-dessous, en premier) et Gilles Simeoni (autonomiste, ci-dessous) ont remporté le 10 décembre 2017 l’élection territoriale,  avant l’officialisation de la fusion de la région et des deux départements le 1er janvier 2018.

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Cette victoire était attendue après la gestion prudente des élus nationalistes qui avaient déjà emporté une majorité relative aux élections régionales de la Collectivité territoriale de Corse de décembre 2015.

Pour eux, l’heure des changements et de l’application de leur programme est arrivée. Mais la négociation avec l’Etat s’avère déjà délicate. Avec le gouvernement Valls, c’était tendu, avec Macron et Philippe, ce ne sera pas facile, comme l’a démontré le discours de fermeté du président venu en Corse le 7 février.

Pour mieux comprendre les enjeux de ce bras de fer, on peut relire l’enquête que j’avais faire en Corse en mai-juin 2016, et qui n’a pas perdu son actualité, au moins sur les sujets de fond, titrée

“Ce que veulent les nationalistes corses”.

A relire ici!!

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31
Dec
2017
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Rondot, le maître espion s’en est allé…

Le général Philippe Rondot, 81 ans, est décédé dans la nuit du 25 au 26 décembre dans sa maison de la Nièvre, où il vivait reclus depuis sa retraite prise en 2005. Selon ses dernières volontés, il a été enterré le samedi 30 décembre dans la plus stricte intimité.

Cet homme de l’ombre, à l’allure d’un pasteur presbytérien, n’aimait pas la lumière. Il n’avait pas bien vécu son exposition médiatique lors de l’affaire Clearstream où il avait joué un rôle. Ayant contre-enquêté sur l’authenticité de listings présumés de titulaires de comptes offshore, où figuraient notamment sous un alias le nom de Nicolas Sarkozy, le général Rondot, qui était alors conseiller de la ministre de la Défense Michèle Alliot-Marie, avait douté de leur véracité. A juste titre. Mais ami de Dominique de Villepin et de Jean-Louis Gergorin, deux des protagonistes de l’affaire, il avait été auditionné et ses carnets secrets, où il notait tous de ses rendez-vous, saisis en 2005. Lors du procès en 2009, il argua à nouveau de sa bonne foi et ne fut pas mis en cause.

Mais l’affaire Clearstream laissa en lui une blessure profonde. Celle d’avoir été utilisé, voire manipulé, y compris par certains de ses amis. Et celle d’avoir été exposé aux feux des projecteurs, alors qu’il avait passé sa vie à rester discret.

Fils de Pierre Rondot, grand expert du monde arabe et brillant agent de renseignement au Proche-Orient, Philippe Rondot a suivi les traces de ce père aux allures de Lawrence d’Arabie. Après son passage à Saint-Cyr, le jeune officier entre en 1965 au SDECE, les services secrets français, en tant qu’agent de son Service Action, le bras armé de ses opérations clandestines.  Sous le pseudonyme de Max, il participe notamment à des actions discrètes pour entraver les bateaux de l’organisation Greenpeace. Avec son compère Ivan de Lignières (alias Lionel), il traque le terroriste Carlos qui a tué deux policiers de la DST en 1975. Cette mission les conduit en Algérie, à Malte, mais aussi aux frontières de la Colombie et du Venezuela, où ils se font passer pour des cyclotouristes en vadrouille pour approcher le père de Carlos qui vit sur place. L’opération est finalement annulée mais il poursuivra la traque de Carlos durant 20 ans.

Ecarté brutalement du SDECE en 1977 suite à des soupçons (infondés) d’avoir été approché par les services secrets roumains lors d’un séjour à Bucarest, Philippe Rondot vit mal cette éviction injustifiée. Il rejoint alors le Centre d’analyse et de prévision (CAP), petite cellule du Quai d’Orsay, où officient alors quelques brillants stratèges, comme Jean-Louis Gergorin et Dominique de Villepin. Ecrivant plusieurs livres sur la Syrie, l’Irak et la Jordanie, il parfait son expertise du monde arabe et multiplie les voyages dans la région.

Lorsque François Mitterrand est élu président de la République en 1981, son chef d’état-major particulier, le général Saunier, confie à Rondot des missions spéciales, notamment en Irak, qui est en guerre contre l’Iran, ainsi qu’au Liban, où l’émissaire passe à deux doigts de la mort, suite à une explosion.

Malgré une contre-enquête qui le blanchit des accusations qui avaient conduit à son éviction du SDECE, il ne peut être réintégré au sein du service renommé DGSE. C’est le préfet Yves Bonnet, directeur de la DST, qui le recrute alors à ses côtés en 1983 comme conseiller spécial sur le Moyen-Orient. Il travaille durant des années avec l’équipe de l’antiterrorisme de la DST (dirigée par Jean-François Clair), cultivant notamment des contacts secrets avec certaines organisations palestiniennes, le Hezbollah et d’autres mouvances islamistes. Il participe notamment aux négociations pour des libérations d’otages français au Liban. Grâce à  la CIA, il peut localiser finalement Carlos au Soudan en 1994, ce qui permet à la France de récupérer le terroriste et de le faire traduire en justice. Mais il échoue à sauver les moines de Tibhirine en 1996, pris en otages en Algérie, non sans une grande déception de sa part, comme il l’écrit lui-même dans cette note.

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Rattaché la plupart du temps à la DST, le général Rondot est devenu durant cette période un des piliers du renseignement français. Proche de Pierre Joxe, ministre de l’Intérieur puis de la Défense, il a contribué en 1992 et 1993 à la création de la Direction du renseignement militaire et du Commandement des opérations spéciales. En 1997, il devient l’un des conseillers et hommes de confiance du ministre socialiste de la Défense Alain Richard, tout en cultivant d’excellentes relations avec le président Jacques Chirac et le secrétaire général de l’Elysée Dominique de Villepin. Après les attentats du 11 septembre 2001, il est convoqué à l’Elysée pour évoquer notamment la question des suites à donner aux attentats et notamment d’éventuels assassinats ciblés, que Chirac, finalement, refuse (voir le document ci dessous).
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“Conseiller pour le renseignement et les opérations spéciales”, il garde son poste lorsque la chiraquienne Michèle Alliot-Marie succède au socialiste Alain Richard en 2002 au ministère de la Défense. Il se voit confier des missions toujours sensibles,

-comme la gestion en 2001- 2002 du délicat dossier du présumé compte japonais de Jacques Chirac 1 qui conduira à des règlements de compte aux sein des services;

-la récupération d’agents de la DGSE emprisonnés en Espagne en 2002;

-la tentative de retournement de certains caciques du régime irakien de Saddam Hussein en 2003 (il échoue pour Tarek Aziz, mais réussit avec le chef des services secrets irakiens…)

-ou la traque des criminels de guerre serbes dans l’ex-Yougoslavie, tâche difficile où il s’implique personnellement, n’hésitant à s’envoler à bord de petits avions pour des séjours prolongés sur place.

Il participe aussi, en 2004, aux difficiles tractations pour libérer les journalistes Georges Malbrunot et Christian Chesnot, non sans se heurter parfois à certains hauts responsables, comme le chef d’état-major particulier du président Chirac, le général Georgelin, ou le directeur de la DGSE de l’époque, Pierre Brochand, qui a pris la main sur les négociations des otages.

Ami de l’écrivain Gérard de Villiers, dont il inspire quelques récits de ses SAS, le général Rondot ne déteste pas les contacts peu conventionnels et reste un homme de terrain. Travaillant souvent seul, avec l’aide de sa secrétaire, il peine cependant à coordonner les services comme la DST et la DGSE, aux rivalités ancrées, où il cultive pourtant de solides appuis.  Et il ne rend compte souvent qu’à quelques initiés, dont son ami Dominique de Villepin. Méticuleux, il note tout dans ses fameux carnets, de sa plume presque illisible (voir document ci-dessous). Ce sont eux qui vont le conduire devant les juges dans l’affaire Clearstream et ce sont ces mêmes écrits qui vont aussi le dédouaner dans ce dossier.

ALLIANCE CIA ALGERIE RONDOT 7 17:12:2002 - copie

Homme de réseaux, maître espion, ayant navigué entre tous les services et entre tous les gouvernants, le général Rondot a terminé sa carrière sur l’incident Clearstream. Mais son destin singulier au service de son pays valait mieux que cela. Un peu amer, il cultivait ses roses dans son manoir nivernais depuis sa retraite en 2005, sans se départir de sa discrétion légendaire.

Pour en savoir plus sur certaines de ses opérations, voir ou revoir les films “Les tueurs de la République” ainsi que le livre éponyme que j’ai écrit où je raconte quelques-uns de ses faits d’armes.

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16
Dec
2017
0

La liste de Mossoul, ou comment supprimer les djihadistes français

 

L’émission Complément d’enquête sur France 2 du 14 décembre 2017 a enquêté sur “la liste de Mossoul”, dans le cadre d’un dossier sur le secret défense.
présentation du sujet: “La “liste” de Mossoul”
Selon le Wall Street Journal, les forces spéciales françaises auraient transmis une liste de jihadistes français à leurs alliés irakiens. Une trentaine de noms identifiés comme des cibles à abattre. Cette “kill list” existe-t-elle réellement ? Comment la France se débarrasse-t-elle discrètement de ses ennemis ? De Paris à Mossoul, enquête sur une mission opaque, aux marges de la légalité : les assassinats ciblés.
Un reportage de Baptiste Des Monstiers.

Un reportage à revoir ici

Dans le cadre de ce sujet, j’ai été interviewé sur les assassinats ciblés, en lien avec mes enquêtes et infos sur “Les tueurs de le République” (Fayard 2015) et les “kill lists” de la France. Je confirme l’existence de ces listes et le ciblage des opérations militaires et clandestines qui en résultent depuis plusieurs années, que ce soit en Afrique ou au Levant. François Hollande l’avait évoqué en 2016 et j’ai donné de nouvelles précisions début 2017 dans mon livre Erreurs fatales (Fayard/LLL) (lire ici).

La ministre des Armées Florence Parly a parlé de ce sujet il y a peu de temps, brisant un tabou (lire ici), en disant que si les djihadistes français partis combattre aux côtés de Daesh étaient tués sur place, “tant mieux”. Le Wall Street Journal (lire ici) avait donné des indications en mai dernier sur Mossoul, confortées depuis par des plusieurs sources militaires irakiennes, y compris dans “Complément d’enquête”, lesquelles confient qu’on leur avait bien donné des listes de Français à éliminer.

Officiellement la France dément toujours, parle de “fantasmes” et explique que les armées ciblent tous les “ennemis” quels que soient leurs passeports, sans cibler les Français en particulier. Une version officielle…

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Revoir (ici) une partie de mes propos à Complément d’enquête.

VIDEO. Assassinats ciblés de jihadistes français : Hollande avait-il la “gâchette facile” ?
Une “kill list” de jihadistes français a-t-elle été transmise par les autorités françaises à l’armée irakienne ? Les assassinats ciblés, une pratique “secret-défense” pas si rare sous la Ve République… En la matière, François Hollande aurait été le plus actif des présidents, selon le journaliste Vincent Nouzille. Extrait de “Complément d’enquête”.

François Hollande a-t-il commandité durant son mandat une quarantaine d’exécutions ciblées, dans le Sahel, en Irak et en Syrie ? Extrait d’un “Complément d’enquête” sur une “liste” présumée de jihadistes français à exécuter.

Vincent Nouzille, spécialiste des questions de renseignement et auteur d’un livre sur Les Tueurs de la République (éd. Fayard), l’affirme : en matière d’assassinats ciblés, François Hollande aurait été le plus actif des présidents de la Ve République. “Je me suis rendu compte qu’il avait la gâchette facile. Ces opérations pouvaient prendre plusieurs formes : classique, comme les opérations Homo [pour homicide], menées par les services secrets sur ses territoires étrangers. Soit, dans le cas d’une guerre ‘classique’ comme lors des opérations en Irak : là, ce sont par exemple les militaires des forces spéciales qui interviennent au sol pour aller infiltrer un territoire et cibler quelqu’un dans une maison, un camp, etc.”

Une opération à Raqqa en octobre 2015

Le journaliste va même plus loin. Sous François Hollande, la France change de braquet, en ciblant, derrière des objectifs dits “militaires”, ses propres ressortissants. La nuit du 8 au 9 octobre 2015, une frappe française est déclenchée sur Raqqa. Selon Vincent Nouzille, elle visait des jihadistes français qui seraient dans un camp d’entraînement. “Il s’agit de Salim Benghalem, d’Abdelhamid Abaaoud, des frères Clain, de Sabri Essid… des jihadistes francophones qui sont suivis, repérés, et qu’on essaie de localiser.”

L’opération s’est soldée par un échec : les jihadistes n’étaient pas sur place. Mais était-elle légale ? Pour Patrick Baudoin, le spécialiste du droit international interrogé par “Complément d’enquête”, il s’agit d’une zone grise : les exécutions ne sont légales que dans le cadre d’une guerre. Le secret-défense, l’arme ultime pour s’affranchir du droit ?

 

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21
Nov
2017
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Macron et ses “Mormons”: enquête sur sa garde rapprochée

Dans le Figaro Magazine du 17/18 novembre, j’ai publié une nouvelle enquête sur les coulisses du pouvoir du président.

Méthodes commandos, garde rapprochée surnommée les Mormons: le pouvoir repose sur une petite équipe de fidèles que le président épuise!

Voici le début de cette enquête.

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Les hommes du Président

Emmanuel Macron dirige l’Etat avec une poignée de conseillers et de collaborateurs à l’Elysée, qui se surnomment « les Mormons », dont le tandem de choc, Alexis Kohler et Ismaël Emelien. Des hommes secrets et des méthodes commandos assumées, au risque de certaines dérives.

« Sans leur feu vert, rien n’est possible. Ils relisent tout, décident de tout, bloquent ce qui les dérange, s’immiscent partout… ». Cette confidence d’un ministre important en dit long sur le pouvoir actuel d’un cercle très restreint de collaborateurs d’Emmanuel Macron. Depuis son arrivée à l’Elysée le 14 mai, le président s’est en effet entouré d’une garde rapprochée de fidèles, les seuls en qui il a vraiment confiance et avec qui il travaille de manière intensive jour et nuit, généralement dans la bonne humeur, mais souvent jusqu’à trois heures du matin, au risque de les épuiser. Certains ont été ses collaborateurs à Bercy. Ils l’ont épaulé dans l’aventure En Marche !. Ils ont organisé sa campagne présidentielle. Rien d’anormal à ce que le nouvel élu les ait choisis pour tenir avec lui les rênes de l’Etat et mener les « transformations » promises – le mot « réforme » est banni du langage macronien- au pas de charge.

Mais le verrouillage est complet, entre les mains d’une douzaine de personnes (voir infographie) qui comptent et qui s’appellent parfois entre eux, en plaisantant, « les Mormons », pour ne pas dire les fidèles dévoués ou les élus de Dieu. Ils sont sous la tutelle étroite du président qui verrouille tout avec ses deux principaux compagnons de route: son bras droit Alexis Kohler, 45 ans, Secrétaire général de l’Élysée, et son bras gauche Ismaël Emelien, 30 ans, qui a le titre de « Conseiller spécial». Le grand commis cravaté au sang-froid et le stratège intello branché Uniqlo. Un duo d’éminences peu bavards, qui n’aiment pas la lumière, mais qui ont plus de poids que bien des membres du gouvernement, et même que le Premier ministre Edouard Philippe. « Tout est concentré à l’Élysée, comme sous Sarkozy et comme souvent en début de mandat, mais l’équipe aux commandes est vraiment très serrée », constate Julien Vaulpré, ancien conseiller opinion de Nicolas Sarkozy et directeur général de Taddeo. « En réalité, le trio Macron-Kohler-Emelien dirige la France, commente un visiteur régulier du Palais. C’est efficace pour avancer vite, dans un esprit de commando. Mais ils fonctionnent un peu entre eux, prenant le risque de paraîtres coupés du monde, autoritaires et trop technos ».

 

la suite à lire ici

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14
Nov
2017
0

13 novembre: deux ans après les attentats, quelles menaces?

Le 13 novembre 2017, j’étais invité par Nathalie Lévy sur le plateau de BFM TV pour la commémoration des attentats de Paris et Saint-Denis deux ans auparavant. Une émission à revoir ici, où j’interviens pour faire le point sur l’enquête en cours (très avancée) et sur les menaces (exogènes, toujours fortes, endogènes qui ne sont pas récentes, contrairement à ce qu’on peut lire ici et là)

 

BFM 13 novembre 2017

 

A lire également, pas ces temps trop focalisés sur l’actualité, l’analyse sans complaisance de l’expert Yves Trotignon sur nos failles du renseignement, qui n’ont pas vraiment disparu depuis l’affaire Merah…

Et le livre très complet et didactique du journaliste Nicolas Hénin, “Comprendre le terrorisme” chez Fayard (voir la présentation et un extrait ici) paru ces jours-ci.