3
Apr
2020
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L’histoire du trafic de drogue sur Arte… avec quelques parrains corses

Arte a diffusé ces jours-ci la série documentaire sur l’histoire du trafic de drogue, en trois volets, de Christophe Bouquet et Julie Leyrat. Héroïne et cocaïne: depuis plus d’un siècle, le trafic de ces drogues a impacté la santé, l’économie, la diplomatie et la géopolitique mondiale. C’est cet angle qui est retracé dans ces films.

 

Comme co-auteur du livre Les parrains corses” (Fayard 2004 et 2009), j’interviens dans l’épisode 1 (à partir de la 39ème minute) au sujet de la French Connection, qui était constituée de mafieux corses lesquels transformaient et expédiaient l’héroïne aux Etats-Unis des années 1950 au années 1970. Dans le deuxième volet, je raconte que l’administration Nixon a fait pression sur la France en 1970 pour arrêter ces filières et démanteler les laboratoires.

Ces citations de ma part proviennent d’une interview donnée dans le cadre d’une autre série documentaire de Christophe Bouquet “Mafia et République”, diffusée en février 2017 dont j’avais rendu compte ici.

On peut revoir en replay sur Arte ces documentaires en cliquant ici (jusque fin mai)

 

Voici la présentation des films sur Arte

Comment, deux siècles durant, les pouvoirs en place ont fait naître et prospérer le commerce des drogues, envers occulté du libre-échange. Cette fresque dense et limpide pulvérise les idées reçues en démontrant l’impasse de la prohibition.

Au XIXe siècle, l’opium se répand à travers toute l’Asie, sous l’impulsion des puissances coloniales. Parallèlement, l’industrie pharmaceutique occidentale découvre des produits miraculeux : morphine, cocaïne, héroïne. L’addiction devient un fléau mondial et un enjeu de santé publique ; la prohibition va progressivement s’imposer. L’interdit donne naissance aux premiers réseaux du trafic de drogue, qui ne vont cesser de chercher la protection des États. Cette criminalité connaît un essor sans précédent pendant la guerre froide, quand les services secrets utilisent les drogues comme un instrument politique. Les États-Unis en paient le prix : en 1970, un tiers de leurs soldats au Viêtnam sont accros à l’héroïne. Un an plus tard, le président Richard Nixon lance la guerre contre la drogue.

Héroïne, cocaïne : deux produits qui pèsent aussi lourd dans l’économie mondiale que le pétrole ou le textile. Ces drogues, responsables en deux siècles de millions de morts, ont d’abord été mises au point, le plus légalement du monde, par l’industrie pharmaceutique occidentale. Les systèmes bancaires et les services secrets du monde entier, en lien plus ou moins direct avec des organisations criminelles, ont contribué à les faire prospérer. La répression s’est toujours révélée impuissante à mettre fin à ce commerce immensément lucratif, car le secteur des stupéfiants, “le plus agile du monde“, selon l’un des passionnants analystes interrogés ici, parvient à se recomposer chaque fois qu’un coup lui est porté. Surtout, les masses d’argent qu’il injecte dans l’économie mondiale ne cessent de remodeler les frontières d’une légalité dont Julie Lerat et Christophe Bouquet (Mafia et République) démontrent la porosité. Tissant avec fluidité archives, lumineux entretiens et, dans la dernière partie, séquences de reportages, leur brillant traité de géopolitique mondiale dévoile les logiques cachées du trafic de drogue et ses liens organiques avec les pouvoirs en place.

14
Jan
2020
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Amiral Lacoste: un ancien patron de la DGSE qui assumait son rôle

L’amiral Pierre Lacoste s’est éteint le 13 janvier 2020, à Paris, où il était né en janvier 1924. Sa carrière d’officier de Marine l’avait conduit à assumer la fonction de directeur de la DGSE de 1982 à 1985. Il avait été victime du fiasco du sabotage du Rainbow Warrior par des agents de son service en juillet 1985 et des mensonges et lâchages des politiques. Il avait lui-même gardé le silence et protégé des agents qui n’étaient pas encore sortis de la région du Pacifique où ils étaient partis en mission, sur ordre de leurs supérieurs. C’était un homme droit et un homme d’honneur, qui assumait ses fonctions jusqu’au bout, quitte à devoir démissionner après avoir avancé publiquement une version qui devenait intenable .« Il le fallait, pour aider ceux qui avaient agi sous mes ordres et ceux qui étaient encore dans la zone” m’a -t-il confié un jour de 2012.

J’ai eu le privilège de pouvoir m’entretenir plusieurs fois avec l’amiral Lacoste, au sujet de ses anciennes responsabilités à la DGSE. A chaque fois, en 2012, en 2014 et en 2016, il avait accepté de me parler librement de ses souvenirs, de la complexité des hommes politiques, des difficiles décisions qu’il avait eu à prendre à la tête des services. Il avait témoigné notamment de la décision prise par François Mitterrand de venger l’attentat du Drakkar, qui avait tué 58 soldats au Liban en octobre 1983. Le président avait donné pour consigne au directeur de la DGSE de commettre un contre-attentat pour détruire l’ambassade d’Iran à Beyrouth, l’Iran étant considérée par l’Elysée comme le commanditaire de l’attentat du Drakkar. Voici ces propos:

 Le président était bouleversé par ce drame. Il a dit qu’il fallait réagir. En fait, l’intention était bien de venger le Drakkar. Dès le début, j’ai eu la certitude que les Iraniens étaient responsables, et je voulais leur donner un coup d’arrêt. Il fallait frapper fort. La riposte consistait à organiser un attentat contre l’ambassade d’Iran à Beyrouth. J’ai proposé le mode d’action, qui a été étudié et mis au point avec le chef du SA. Je suis allé voir Mitterrand à l’Élysée, et il a approuvé le principe, sans que j’entre dans le détail, car il ne le souhaitait pas” Nom de code de l’assaut : opération Santé.

Mais l’opération menée par le service action une nuit de novembre 1983 devait échouer. Longtemps, l’amiral Lacoste n’a pas su les raisons exactes de cet échec. Plusieurs anciens membres du commando du SA ont fini par m’expliquer en détail quelle erreur humaine avait été commise cette nuit-là (voir le récit dans mon livre “Les tueurs de la République” et dans le film éponyme, où l’amiral Lacoste témoignait en 2016), ce qui a permis à l’ancien patron de le DGSE de connaître le fin mot de cette histoire.

Cet échec à Beyrouth a précédé celui d’Auckland, comme un symptôme précurseur de failles dans le fonctionnement de la DGSE, que l’amiral Lacoste n’avait pu réparer à temps. “Les agents du service ne me disaient pas tout”, me confia-t-il.

 

20
Dec
2019
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Comment Marine Le Pen prépare 2022

Dans le numéro du 13 décembre 2019 du Figaro Magazine, j’ai publié une enquête sur la manière dont Marine Le Pen se prépare déjà à l’échéance de 2022. Fruit d’une enquête de plusieurs mois dans l’appareil du RN, mon article dévoile que la présidente du RN rêve du match retour avec Emmanuel Macron et s’est déjà mise en ordre de bataille, avec sa garde rapprochée, son groupe d’experts secrets et ses nouveaux gourous…

 

Voici la présentation de l’article

Après sa défaite en 2017, Marine Le Pen a traversé une crise profonde, tout comme son parti, rebaptisé Rassemblement national en 2018. Depuis quelques mois, elle organise discrètement sa candidature à la prochaine présidentielle. Tout est passé en revue : organisation, préparation, entourage, idées, programme, réseaux. Enquête sur son dispositif de reconquête et celui de son parti.

Retrouver l’article complet iciFIG MAG 2042_060

 

8
Oct
2019
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Attentat à la Préfecture de police: des “graves dysfonctionnements”

Invité le 7 octobre sur BFM par Bruce Toussaint, et le 8 octobre sur CNews, par Sonia Mabrouk, à commenter les événements tragiques de l’attentat terroriste à la Préfecture de police de Paris, du 3 octobre, durant lequel 4 agents de la PP ont été tués par un de leurs collègues, j’ai exprimé mes interrogations sur les « graves dysfonctionnements » apparus dans cette tragédie, des “dysfonctionnements sans précédent”, reconnus mardi 8 octobre à l’Assemblée nationale par le ministre de l’Intérieur Christophe Castaner et son secrétaire d’Etat Laurent Nunez.

Le premier concerne l’absence de signalement de l’assaillant visiblement radicalisé – son dossier administratif était vide à ce sujet , comme l’a notifié par écrit la directrice du renseignement de la PP, dans une note au ministre, révélée par France Inter le 5/10. Or le suspect fréquentait une mosquée salafiste, un des critères d’alerte retenu par la cellule spéciale de la police des polices, créée en 2016, pour suivre de près les agents de la police suspectés de radicalisations.

Le deuxième porte sur son possible accès à des fichiers sensibles, du fait de son habilitation secret défense, notamment des données personnelles d’agents de la PP, retrouvées sur une clé USB en sa possession.

La Direction du renseignement de la Préfecture de police, traumatisée, risque d’être sur la sellette lors de la future commission d’enquête parlementaire sur cet attentat. Elle était déjà critiquée depuis 2015…

Mon intervention dans le replay, à partir de 2h02m, 30 s.

30
Sep
2019
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Chirac: ce que la Maison-Blanche et la CIA disaient de lui

Le Journal du Dimanche a publié, le 29 septembre, un dossier spécial sur Jacques Chirac. J’y ai contribué en écrivant un article sur la manière dont les Américains, principalement la Maison-Blanche, la CIA et le département d’Etat voyaient l’ancien président. Ils l’avaient repéré très tôt comme une future star de la politique et étaient ses fans car Jacques Chirac vantait devant eux son penchant américanophile. Celui-ci s’est confirmé tout au long de sa carrière politique, jusqu’à son opposition ferme à la guerre américaine en Irak en 2003, qui le transforma en anti-américain ou anti-Bush, pour de bonnes raisons…

J’ai puisé toutes les citations et sources dans la masse de documents et d’archives que j’avais pu collecter pour mes deux livres sur l’histoire des relations franco-américaines:

« Des secrets si bien gardés, les dossiers de la Maison blanche sur la France et ses présidents, 1958-1981 », Fayard, 2009

«Dans le secret des présidents, CIA, Maison-Blanche, Elysée, le dossiers confidentiels 1981-2010 », Fayard/LLL, 2010.

Revoir aussi le documentaire Chirac l’anti-américain, que j’ai cosigné avec Patrick Rotman pour France 5, diffusé en 2016, et rediffusé ces jours derniers par Public sénat. Et également le documentaire “Quand la France dit non à l’Amérique”, que j’ai cosigné avec Elisabeth Drévillon pour France 3 en 2013.

Voici l’article intégral du JDD, à retrouver ici ou en PDF

2019 09 29 chirac jdd

Les Américains ont longtemps été des fans de Jacques Chirac, comme le révèlent leurs archives. Il était perçu comme un bon ami… avant de devenir un ennemi en 2002-2003.

« Intelligent, dynamique, chaleureux, authentique, persuasif…» Dès la nomination de Jacques Chirac, juste élu député de Corrèze, comme secrétaire d’Etat à l’emploi de Pompidou en avril 1967, les diplomates américains en poste à Paris ne tarissent pas d’éloges sur ce jeune énarque de 34 ans « à l’allure athlétique ». Selon eux, il a le « goût de l’aventure », puisqu’il a passé un été comme serveur à Boston en 1953, avant de sillonner les Etats-Unis  en tant que chauffeur de la veuve d’un milliardaire texan. Il a surtout à son actif « des liens étroits avec le Premier ministre qui lui a permis d’être élu à l’Assemblée et l’aura du succès qui l’entoure ». Invité avec d’autres leaders gaullistes à l’ambassade des Etats-Unis le 16 octobre 1967, Jacques Chirac impressionne ses interlocuteurs car il évoque ses voyages outre-atlantique et sa courte romance avortée avec une fiancée de Caroline du Sud : « Il semble être aussi américain – et pas seulement pro-américain – que beaucoup d’Américains », s’enthousiasme l’ambassadeur Charles Bohlen. Chirac a été « la révélation du déjeuner » !

Dès lors, les Américains suivent de près sa fulgurante ascension. Dans une note de juin 1972, ils le décrivent comme « l’une des étoiles les plus brillantes parmi les leaders gaullistes de la nouvelle génération », susceptible de remplacer un jour Jacques Chaban-Delmas à Matignon, avec un penchant plus atlantiste que ses prédécesseurs. « Chirac est l’un des plus américanophile des jeunes dirigeants gaullistes », estiment-ils.

Son ralliement à Valéry Giscard d’Estaing lors de la présidentielle de 1974 et sa nomination comme Premier ministre sont bien perçus. L’ambassadeur John Irwin dresse un portrait étonnant de ce « bulldozer », jugé « ambitieux et opportuniste », « fasciné par les Etats-Unis »: « Il est rude, froid, peu diplomate, très franc. Il est apparu sur la scène politique comme un jeune technocrate intelligent qui manque de sens humain. Un de ses proches lui a conseillé de regarder les gens quand il leur serre la main, afin de ne pas leur donner l’impression qu’il a toujours un train à prendre […] La presse parisienne le trouve mal habillé, parce qu’il porte des costumes de mauvaise coupe et des manteaux gris sombre. De grande taille et d’une beauté sévère, il a pourtant une présence physique. Il fume des cigarettes américaines extra-longues. »

Alors que les tensions s’avivent entre Giscard et Chirac, les Américains parient sur l’influence grandissante de ce dernier: « Il a exploité sa position de Premier ministre pour développer l’image d’un présidentiable… Si Giscard le vire, il deviendra un formidable opposant ! » disent-ils. Quand Chirac claque la porte de Matignon, en août 1976, les diplomates ne sont pas surpris: « Il est parti, mais il n’est pas oublié. […] Chirac a la jeunesse, l’endurance, un charisme formidable et une soif enragée de devenir président, c’est-à-dire de quoi largement se nourrir durant sa traversée du désert. » La fondation du RPR fin 1976 et sa conquête de la mairie de Paris en 1977 lui permettent de préparer l’avenir. L’élection de François Mitterrand en mai 1981 consacre son statut : « Avec la défaite de Giscard, Chirac est devenu, de facto, le leader de l’opposition », note le département d’Etat, qui conseille au vice-président Georges Bush, en visite en France en juin 1981, d’aller le saluer à l’Hôtel de ville de Paris. « Cet entretien montrera que nous continuons de choyer nos relations avec cette partie de l’échiquier politique ». Pour la CIA, la stratégie de Chirac est limpide durant ce septennat de Mitterrand : « Se préparer à récolter les fruits du mécontentement et du désordre, une fois que les politiques socialistes auront échoué.»

Converti au libéralisme économique, Jacques Chirac est reçu à bras ouverts par Ronald Reagan à la Maison-Blanche dès janvier 1983 et retrouve régulièrement Georges Bush lors de réunions internationales des leaders conservateurs. Washington se félicite de son passage à Matignon entre 1986 et 1988. L’américanophilie de Chirac séduit toujours : « Il aime les Big Mac et la junk food. C’est un type bien et un homme politique efficace », confie l’ambassadeur Walter Curley, qui le côtoie au début des années 90. L’euphorie se poursuit lorsque Jacques Chirac entre à l’Elysée en juin 1995. Son anglais courant et son style informel font de « Battling Jacques » un allié agréable pour son homologue Bill Clinton. « Il y a entre eux une alchimie positive », note le département d’Etat. « Il se montrait chaleureux à l’égard de l’Amérique », écrira Clinton.

Le climat se détériore après l’élection de Georges W. Bush à la Maison Blanche fin 2000. « Je connais bien votre père depuis longtemps », fanfaronne Chirac devant le nouvel élu qu’il rencontre à Washington le 18 décembre 2000. Bush fils n’apprécie pas d’être considéré comme un petit garçon. Et, malgré sa visite empathique à New York après les attentats du 11 septembre 2001, Jacques Chirac est perçu comme un donneur de leçons. « Il est pompeux », murmure Bush, après avoir écouté un Chirac, inquiet, lui expliquer la complexité du Moyen-Orient.

L’opposition de la France à la guerre en Irak détériore la situation en 2002. « Franchement, pourquoi vous, les Français, êtes-vous systématiquement contre tout ce que nous disons et faisons ? » s’insurge le vice-président Dick Cheney devant l’ambassadeur de France. « Vous êtes des défaitistes depuis la Deuxième guerre mondiale », renchérit Paul Wolfowitz, le n°2 du Pentagone. Le discours de Dominique de Villepin à l’ONU le 14 février 2003 et la menace française d’utilisation d’un veto au Conseil de sécurité consacre la rupture. Chirac est désormais un ennemi pour les néo-conservateurs. Le French-bashing déferle. « Il faut punir la France », tonne Condoleezza Rice, conseillère de Bush. A l’Elysée, Jacques Chirac maudit le président américain- « un connard »-, en soupçonnant la NSA d’avoir placé son téléphone sur écoutes. En retour, Bush traite en privé Chirac de « crétin ». Il faudra quelques années pour calmer le jeu.

23
Sep
2019
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Trafic de migrants: enquête sur les réseaux criminels

Le 20 septembre, le Figaro Magazine a publié mon enquête sur les réseaux criminels qui prospèrent sur le trafic de migrants, et la lutte des policiers contre ces filières organisées.

Un sujet que j’ai pu réaliser avec le photographe Bernard Sidler, et l’aide des agents de l’Office central pour la répression de l’immigration irrégulière et de l’emploi d’étrangers sans titre (OCRIEST), qui dépend de la Police de l’air et des frontières (PAF). Ceux-ci nous ont accueillis pendant plusieurs semaines au printemps dernier et permis de suivre leurs enquêtes, en respectant, naturellement, des conditions d’anonymat et les procédures judiciaires en cours. Ce reportage complète une autre enquête que j’avais publiée en mai sur les routes de migrants en Europe.

Voici la présentation du sujet sur les trafiquants.

Trafic des migrants : les coulisses de la traque

Pour tenter d’endiguer le trafic de migrants, tenus par des réseaux organisés, des policiers surveillent et démantèlent des filières de passeurs et de fraudeurs. Le Figaro Magazine a pu suivre leur travail durant plusieurs semaines. Une lutte sans fin contre cette activité criminelle qui rapporte autant que le trafic de drogue.

 

pour lire l’intégralité du papier, c’est possible ici  Fig Mag migrants trafic v3

pour relire l’article sur les routes des migrants et le casse-tête européen sur le sujet, c’est ici MAG2013_052 def

 

19
Aug
2019
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Le retour des espions russes

Le 16 août, le Figaro Magazine a publié un de mes article sur l’espionnage russe. Une enquête de fond sur ce retour en fanfare des espions de Poutine, qui multiplient les opérations d’assassinat, d’espionnage classique, de piratages informatiques et d’intox, comme au bon vieux temps de la guerre froide, comme je l’avais déjà souligné l’an dernier (voir ici), mais avec des moyens autrement plus sophistiqués.

Cette enquête m’a pris plusieurs mois, afin de contacter les experts sur le sujet, rassembler les faits et les documents, et mettre tout cela en perspective. Jamais Poutine n’a été aussi agressif au plan de l’espionnage, puisqu’il a demandé à ses services (FSB, SVR, GRU) de prendre toutes les “mesures actives” possibles pour affaiblir l’Occident qui, à ses yeux, veut la mort de la Russie. Cela passe par des nouvelles techniques de cyber-attaques et d’ingérence dans les opinions publiques et les élections, que ce soit aux Etats-Unis comme en Europe, avec des résultats .

Sans faire de complotisme, le constat est relativement inquiétant et les réponses européennes parfois bien naïves. Cela n’empêche pas un dialogue franco-russe “franc et direct”, comme celui qu’a eu Emmanuel Macron avec Vladimir Poutine le 19 août à Brégançon, notamment sur des sujets qui fâchent (Ukraine, Syrie, Iran, etc), mais en toute lucidité: pour Poutine, Macron n’est un pion sur son grand échiquier…

L’article complet à lire ou relire ici Fig MAG retour des espions russes

9
Aug
2019
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Rue des Rosiers: Bonnet confirme le pacte avec Abou Nidal, révélé dans Histoire secrète de l’antiterrorisme

Dans le documentaire “Histoire secrète de l’antiterrorisme”, que j’ai cosigné avec Patrick Rotman et qui a été diffusé le 13 novembre dernier sur France 2, l‘ancien patron de la DST, Yves Bonnet révélait qu’il avait, en 1983, autorisé des négocations secrètes avec le terroriste Abou Nidal, après l’attentat de la rue des Rosiers du 9 août 1982.

“Nous sommes entrés en relation avec l’organisation d’Abou Nidal. Et à partir de ce moment-là nous avons passé un espèce de marché non écrit qui voulait que les gens d’Abou Nidal ne commettraient plus d’attentats en France et qu’en revanche je leur garantissais qu’ils pouvaient venir en France” nous déclarait Yves Bonnet.

Deux anciens responsables de l’antiterrorisme à la DST, Jean-François Clair et Louis Caprioli avaient, dans le documentaire, refusé d’en dire davantage, sans démentir les propos de leur ancien patron Yves Bonnet. Le juge alors en charge de cette affaire de la rue des Rosiers, Jean-Louis Bruguière, confirmait pour sa part n’avoir pas été informé des tractations secrètes menées par la DST avec le commanditaire présumé de l’attentat.

A la suite de la diffusion de notre documentaire, ces propos sur le pacte secret passé avec Abou Nidal pour sanctuariser le territoire français avaient déjà provoqué quelques réactions, notamment de parties civiles de l’enquête sur l’attentat de la rue des Rosiers, qui avait fait  6 morts et des dizaines de blessés. Ayant eu connaissance de ces propos dans notre documentaire, le juge d’instruction qui poursuit cette enquête a convoqué Yves Bonnet, ainsi que Jean-François Clair et Louis Caprioli.

Devant le juge, comme l’a révélé ces jours ci le Parisien, Yves Bonnet a confirmé l’existence de ces négociations, justifiées à ses yeux par l’arrêt des attentats. Clair et Caprioli se sont contentés de déclarer que tout cela était couvert par le secret défense. Ces confirmations et silences ont provoqué de nouvelles réactions scandalisées, notamment d’avocats des parties civiles, réclamant la déclassification de documents officiels sur le sujet, voire une commission d’enquête parlementaire sur ce type de négociation.

PS (14/8): Le CRIF a dénoncé un “scandale d’Etat” concernant l’impunité garantie à des auteurs d’attentats et réclame, lui aussi, la création d’une commission d’enquête parlementaire. Les députés LRem, présidés par Gilles Le Gendre, ont fait savoir qu’ils souhaitent “que lumière soit faite sur les révélations d’un accord qui aurait garanti l’impunité aux auteurs présumés de l’attentat de la rue des Rosiers en 1982. La gravité des faits en cause impose une confirmation qui ne peut souffrir aucune contestation”.

PS (10/9): Lors d’une émission sur CNews le 10/9 (voir le replay ci-dessous), à laquelle j’ai participé et durant laquelle j’ai apporté des précisions, les réactions à ces révélations se sont poursuivies, notamment par l’intermédiaire du député Meyer Habib, qui a déjà réuni une quarantaine de ses collègues en faveur de la création d’une commission d’enquête parlementaire.

Concernant ce pacte secret avec Abou Nidal, sur lequel j’ai enquêté, je peux avancer plusieurs choses:

d’une part, les discussions avec le groupe Abou Nidal sont relativement documentées et établies de longue date, notamment, avant les propos d’Yves Bonnet, par des témoignages variés, dont ceux de Gilles Ménage, ancien directeur de cabinet du président Mitterrand (dans son livre “L’oeil du pouvoir”, Fayard 2001) de l’ancien directeur de la DST Rémy Pautrat (nommé en 1985) qui en avait donné quelques détails dans le livre “les espions français parlent” (Nouveau Monde 2011) de l’ancien directeur adjoint de la DST Raymond Nart, qui avait raconté ses rencontres avec Abou Nidal dans “Carnets intimes de la DST” (Fayard 2011).

-d’autre part, il n’y a aucun doute sur le fait que François Mitterrand a couvert ces négociations, comme en témoigne Gilles Ménage dans ses écrits. Le président, même s’il mentira devant Jacques Chirac en prétendant le contraire, a été parfaitement tenu au courant de leurs avancées et des débats qui ont eu lieu à l’Elysée sur le sujet sensible de 1983 à 1986. Gilles Ménage ayant laissé de nombreuses archives, des documents officiels évoquent forcément cette histoire, que ce soit à la DST ou à l’Elysée.

Pour mon livre Erreurs fatales, comment nos présidents ont failli face au terrorisme (Fayard/LLL, 2017), j’ai complété l’enquête et obtenu d’autres témoignages complémentaires, notamment de Gilles Ménage et de plusieurs anciens de la DST, visant à éclairer ce que j’ai appelé une “schizophrénie au coeur de l’Etat”, ces négociations secrètes étant menées parallèlement à une enquête judiciaire longtemps condamnée à l’impasse.

On peut grosso modo établir plusieurs phases dans cette histoire, qui comporte en réalité 2 deals successifs entre 1983 et 1986. (voir plus de détails p. 57 à 75 de “Erreurs fatales”)

début 1983, ces pourparlers secrets débutent avec des proches d’Abu Nidal, sous la houlette de Philippe Rondot, conseiller spécial du directeur de la DST, avec l’aval du général Saulnier,chef d’état-major particulier du président Mitterrand.

En avril 1983, un premier deal est passé à Vienne avec des proches du terroriste. Il vise à éviter toute poursuite en France d’Abu Nidal et ses proches en échange d’une absence de tout attentat en France. Abu Nidal respecte dans un premier temps le deal, mais il continue de commettre des attentats en Europe, notamment en faisant assassiner le 10 avril 1983 au Portugal Issam Sertaoui, dirigeant de l’OLP, et en  faisant exploser des bombes ailleurs.

Au début de 1984, l’accord est rompu du fait d’Abu Nidal, car il fait tuer à Paris l’ambassadeur des Emirats arabes unis. La France n’est plus sanctuarisée. Les émissaires de la DST repartent donc en mission pour sonder les intentions du terroriste.

Au deuxième semestre 1984, un deuxième round de négociations débute entre la DST et Abou Nidal, qui réclame l’ouverture à Paris d’un bureau de son organisation et exige la libération de deux de ses lieutenants, emprisonnés en France pour avoir tué le représentant de l’OLP à Paris, Ezzedine Kalak en 1978. L’Elysée donne un préaccord de principe à leur libération anticipée, sous réserve d’un avis favorable d’une commission locale d’application des peines. Comme celle-ci tarde à statuer, les proches d’Abu Nidal s’impatientent. Les négociations sont dans l’impasse.

-Fin 1985, la tension monte d’un cran car Abou Nidal  mulitiplie les attentats en Europe (Rome, Vienne, notamment) et menace à nouveau la France d’attentats de grande ampleur si ses lieutenants ne sont pas libérés rapidement. Gilles Ménage presse le président Mitterrand de céder, mais le garde des Sceaux Robert Badinter tente de s’y opposer, tout comme le ministre des Affaires étrangères Roland Dumas et le Premier ministre Laurent Fabius. Mitterrand finit par donner son accord à la libération anticipée des deux tueurs. Lors d’une rencontre à Alger fin décembre 1985 avec les représentants de la DST (dont Raymond Nart, Jean-François Clair, Philippe Rondot), Abou Nidal semble ravi…

Le 5 février 1986, les deux tueurs quittent la prison du Muret, près de Toulouse, et sont exfiltrés vers la Libye, comme convenu.

-Le 24 mars 1986, François Mitterrand évoque cette négociation avec le nouveau Premier ministre Jacques Chirac, en prétendant que la DST l’a conduite sans le prévenir. C’est faux et Gilles Ménage s’étouffe en écoutant ces propos qui lui sont rapportés par Jean-Louis Bianco, secrétaire général de l’Elysée.  Car Mitterrand a validé toutes les étapes de ce négociation secrète.

Seule consolation : Abou Nidal semble tenir promesse. Il ne frappe plus directement la France. « Nous avons évité le pire », expliquent alors les responsables de la DST, qui sont autorisés, après mars 1986, par le nouveau ministre de l’Intérieur, Charles Pasqua, à garder le contact avec les lieutenants du terroriste. « Nous n’éprouvions à l’évidence aucune satisfaction à traiter avec une organisation qui ne faisait aucun cas de la vie humaine et portait la responsabilité d’un nombre important de victimes innocentes. Mais le souci de préserver nos compatriotes nous animait et les activités de renseignement ne s’exercent pas toujours en gants blancs », témoignera Rémy Pautrat.

Cependant, ces accords s’apparentent en partie à des chimères. Car les négociations renforcent l’aura du terroriste, qui peut se targuer de contacts à haut niveau à Paris. Protégé désormais par le colonel Kadhafi en Libye, le mercenaire continue de commettre ses opérations terroristes partout ailleurs, que ce soit un détournement d’un avion de Pan Am à Karachi en septembre 1986 ou l’attaque meurtrière du bateau grec City of Poros en juillet 1988 qui fait neuf victimes, dont trois Français, et près d’une centaine de blessés…

 

28
Jul
2019
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Quand les tueurs de la République inspirent les romanciers

Paru en 2015 (puis en 2016 en poche), mon livre-enquête sur Les tueurs de la République continue de faire parler de lui. Il inspire même, directement ou indirectement, des romanciers, qui ont visiblement puisé dans mon enquête de quoi nourrir leurs écrits.

Naturellement, je ne suis pas le premier à donner des idées à des écrivains sur les opérations Homo (pour homicides) ni les missions secrètes confiées à des agents très spéciaux, visant à éliminer des ennemis présumés des Etats. Quelques exemples, parmi d’autres:

 

 

-Le fameux Robert Ludlum, auteur de la trilogie Bourne “La mémoire dans la peau”, “la mort dans la peau” et “la vengeance dans la peau“, incarnée au cinéma par Matt Damon, racontait, au début des années 80, l’histoire d’un tueur d’une cellule clandestine de la CIA, devenu amnésique et poursuivi par ses anciens employeurs.

“Jason Bourne était une ordure, un traîne savates paranoïaque, mêlé à la guerre du Vietnam en participant à une opération dont personne aujourd’hui encore, n’accepte de reconnaître l’existence. C’était un ramassis de tueurs, de paumés, de contrebandiers et de voleurs, criminels en fuite” avoue un dirigeant de la CIA dans l’un des opus.

Mais Jason Bourne est une fausse identité, une légende. Et c’est sa vraie identité que cherche, tout au long du récit, le tueur ayant perdu la mémoire.

 

-Dans un roman à clés, assez mystérieux, titré “La vie mélancolique des méduses” (Grasset), publié en 2005, l’ancien ministre de la Défense, François Léotard, – qui connaissait quelques arcanes des services secrets pour en avoir eu la tutelle – s’était mis, lui aussi, dans la peau d’un “tueur”, mais au service de la France.

Nous ne savons pas les noms de ceux qui nous donnent des ordres, ni à fortiori l’identité de ceux qui les emploient. Payés en liquide, nous sommes des fugitifs, insensible, visqueux, sans visages. Nous gérons la vie des profondeurs. Assez semblable en cela aux agents de nettoiement qui font disparaître dans la nuit ce qui doit être éliminé… Drôle de métier quand même; métier d’un monde inversé, passé sous silence, inconnu des journaux et des juges, des parlements et des ambassades, métier de mort au service de cause indéchiffrables, présentées comme des raisons d’Etat“.

En réalité, François Léotard ne pouvait dévoiler le nom de la cellule Alpha, constituée au milieu des années 80, chargée, en marge du service action de la DGSE, des opérations d’élimination, cellule dont j’ai raconté l’histoire. Mais il mettait à nu les états d’âme d’un tueur invisible, une méduse…

-Autre précurseur, DOA, nom d’emprunt (Dead on arrival) d’un romancier passionné d’histoires secrètes, a, en 2007, narré dans son roman “Citoyens clandestins” (Gallimard) les opérations d’un autre tueur, surnommé Lynx, employé par les services secrets français, pour régler leurs comptes à des terroristes islamistes sur le territoire français, dans le contexte de la suite des attentats du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis. Le récit est poignant, complexe, avec des guerres des services (PJ, DST, RG, DRM, DGSE), des sociétés opaques de mercenaires et d’armement, et des coups bas dans tous les sens… Lynx exécute ses “cibles” de sang-froid, en écoutant de la musique…

“Il injectait au prisonnier un curare dépolarisant utilisé en anesthésie, mais à une dose telle que celui-ce ne se réveillerait plus jamais. Bientôt, tous ses muscles se tétaniseraient puis, progressivement paralysé, il finirait par ne plus pouvoir ne serait)ce que respirer et mourrait. Le produit se métaboliserait dans l’organisme quelques minutes après son inoculation, devenant ainsi indétectable”.

 

 

 

 

Plus récemment, dans la foulée du mon livre, qui n’était pas une fiction, d’autres romanciers ont creusé cette veine.

-C’est notamment le cas, avec talent, pour Laurent Gaudé, prix Goncourt, qui a écrit en 2006, un best-seller Ecoutez nos défaites (Actes Sud), où il croise le récit d’Assem, un tueur des services secrets français, qui a notamment participé aux opérations visant à éliminer le colonel Kadhafi en 2011, et l’histoire de plusieurs meneurs de grandes guerres, Grant, Hannibal, Selassié, aux couleurs souvent sombres, car les victoires n’existent pas, pas plus que les défaites…

“Il a mené des opérations pour les renseignements français de Bamako à Genève, de Beyrouth à Tanger. Il a vu des régimes tomber, des peuples se relever, des hommes mourir. Aujourd’hui, Assem Graïeb est fatigué. La mission qu’il accepte est peut-être la dernière : retrouver un ancien membre des commandos d’élite américains soupçonné de divers trafics.

Laurent Gaudé a confié, lors de plusieurs interviews lors de la sortie de son livre (notamment sur RTL le 1/9/2016) avoir été “assez frappé” par mon livre sur les “tueurs de la République, au point de s’en inspirer pour dresser le portrait de son anti-héros, dans les zones grises des guerres modernes.

 

 

-En 2018, le romancier Henri Loevenbruck, s’est également saisi du sujet, dans un thriller titré J’irai tuer pour vous (Flammarion). Le récit, très documenté, se déroule au milieu des années 80, alors que la France traverse sa pire période d’attentats (1985-1986) et de prises d’otages au Liban, et que le pouvoir politique (ils sont tous là, Mitterrand Chirac, Pasqua) est démuni. Le roman met en scène un “tueur de la république”, nommé Marc Masson, alias Hadès, inspiré d’un personnage réel, chargé, après des aventures en Amérique Latine, de missions spéciales par la DGSE, en l’occurrence éliminer les commanditaires présumés d”attentats et de prises d’otages, dont un certain Ahmed, dit le Vautour, pilier du Hezbollah, allié des Iraniens. Tout le contexte est vrai, seule l’histoire de Marc Masson, est fictionnée. Et encore…

“Marc, tapi dans l’ombre, reconnut sans peine les traits du sinistres Ahmed M, qui entreprit son tour rituel du pâté de maisons avant de s’engouffrer enfin à l’intérieur du bâtiment. Tout se passait comme prévu. l’ordre tant attendu tomba à 15h17: -“Hadès, de Serpico. Procédez.” Marc, grisé par l’adrénaline, passa immédiatement à l’action. […] A 15h37, enfin, alors que le Vautour avait de nouveau disparu dans le sous-sol de l’immeuble, l’explosion déchira l’air dans une gerbe de métal et de feu, résonnant au milieu des vieux immeubles de Beyrouth. -“Hadès, de Serpico, mission réussie, entamez votre parcours de dégagement. Terminé.”

 

-Enfin, le sociologue Adil Jazouli, expert des banlieues, a publié début 2019, un curieux livre “Le liquidateur des Fichés S” (La boîte de pandore), où il imagine les missions secrètes d’un commandant de police, nommé Ange Espada, chargé par son mentor d’employer la manière forte pour neutraliser des présumés terroristes en France. Après avoir subi des traumatismes lors d’interventions musclées au sein de la BRI, Ange Espada accepte un poste officielle à la DGSI, mais aussi de mener clandestinement des opérations illégales:

“Prélever quelques islamistes fichés S, criminel et assassins en puissance te menace permanente contre le pays. Procéder à des exécutions préventives et extra-judiciaire, car c’est bien de cela qu’il s’agissait. Il avait dit oui à cette proposition un peu folle parce qu’elle correspondait à ce qu’il pensait lui-même sans oser aller jus’u bout de son raisonnement.”

Naturellement, ce roman est peu crédible en vérité, mais le fait qu’un sociologue connu imagine ce type de scénario pour que “la peur change de camp” est assez révélateur du basculement assez radical d’une frange de l’opinion en faveur de ce type d’opérations. Mais ce n’est qu’un roman!

 

Bonnes lectures!