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Feb
2018
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Sur Europe 1: Après le Drakkar, l’échec de la DGSE

Le jeudi 15 février 2017, sur Europe 1, entre 16h et 17h, l’émission “Christophe Hondelatte raconte” a été consacrée aux actions menées par la France, sous l’impulsion du président Mitterrand, notamment la DGSE, après l’attentat du Drakkar ayant tué 58 soldats français à Beyrouth en octobre 1983. Notamment une opération du Service action de la DGSE qui a mal tourné sur place, puis un bombardement aérien. L’émission à réécouter ici.

 

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Je racontais le détail de cette histoire et ses suites, grâce à des témoignages inédits, dans “Les tueurs de la République” (Fayard, 2015) et j’ai aussi mis en image cette opération dans le documentaire télé sur les Tueurs de la République, dans la partie Vengeances d’Etat, diffusé sur Planète.

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Pour en revoir un extrait, c’est ici.

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Pour relire un extrait de mon livre sur cette affaire, c’est ci-dessous.

Quand Mitterrand commanditait un attentat…

Beyrouth, dimanche 23 octobre 1983.

Peu après le lever du jour, à six heures dix-sept du matin, une puissante déflagration secoue la capitale libanaise. Un camion Mercedes jaune bourré de six tonnes de TNT vient de pénétrer dans l’enceinte du quartier général des Marines américains de la Force multinationale, situé près de l’aéroport. Trois minutes plus tard, sur le bord de mer, une autre explosion détruit le Drakkar, l’immeuble en cours de rénovation où étaient cantonnés les parachutistes français. Le bilan de ces deux attentats coordonnés est particulièrement lourd : on dénombre 241 victimes parmi les GI’s  et 58 tués parmi les forces françaises, sans compter la famille libanaise du gardien. Sur place, les sauveteurs découvrent un paysage de désolation, les cadavres et les blessés devant être extraits des ruines encore fumantes des immeubles effondrés, à l’aide de pelles mécaniques et de chiens. Certains rescapés français émettront des doutes sur la thèse officielle du camion suicide venu s’encastrer dans les sous-sols du Drakkar, aucun débris du véhicule piégé n’ayant été retrouvé sur place. Selon eux, l’immeuble, occupé auparavant par les services secrets syriens, aurait été miné préalablement. Mais les sentinelles qui ont pu voir le camion arriver de loin sont décédées et l’explosion a transformé le site en un amas de décombres difficiles à identifier.

A Paris, dans la nuit, le président François Mitterrand est informé de ces évènements par ses collaborateurs. Aussitôt, il ordonne à son ministre de la Défense, Charles Hernu, de se rendre à Beyrouth, avant de se préparer  lui-même à faire ce déplacement, qu’il sait très risqué. Mais Mitterrand est décidé. Cet attentat suicide, il le redoutait plus que tout. Depuis des mois, la tension monte au Liban. La France et les Etats-Unis se sont exposés, en intervenant militairement dans ce pays, sous l’égide de l’ONU. […] Entre le printemps et la fin de l’été, les services de renseignement américains ont reçu plus d’une centaine de messages d’alerte, concernant de possibles attaques à la voiture piégée, sans qu’ils soient assez précis […]. Trois organisations peu connues, dont le Djihad islamique et le Mouvement de la Révolution islamique libre, revendiquent ces deux attentats, saluant le sacrifice des deux kamikazes qui ont conduit les assauts.

 

Mitterrand ordonne des représailles sanglantes contre l’Iran

Le lendemain, dès huit heures du matin, François Mitterrand débarque à Beyrouth pour une visite surprise, placée sous haute surveillance. En se rendant sur le lieu du drame, le président a la mine sombre des circonstances. Il ne cesse de questionner les chefs du contingent français sur les raisons qui les ont poussés à loger les parachutistes dans un immeuble de plusieurs étages, particulièrement exposé. « Ne fallait-il pas étaler ce cantonnement au sol. A-t-on disposé des sacs de sable ? » demande-t-il. Son ton est dur, sa colère froide. En rentrant à Paris, François Mitterrand fulmine toujours. Il veut comprendre et ne pas laisser ce crime impuni. Durant le Conseil des ministres du 26 octobre, il énumère les pistes des possibles commanditaires et […] évoque le fait que Ronald Reagan, son homologue américain, envisage des représailles. « Pour ma part, si je savais à qui j’ai affaire, je n’hésiterais pas, mais je me refuse à faire n’importe quoi, n’importe comment », dit-il devant les ministres, en insistant sur ses doutes concernant la piste iranienne, surtout mise en avant par les Américains.

Mitterrand est déterminé. Dès l’annonce de l’attentat, il a secrètement décidé qu’il faudrait répliquer. Les services de renseignement ont commencé à mener l’enquête. La DGSE émet plusieurs hypothèses, principalement sur la Syrie, l’Iran et même l’URSS. Cependant, des renseignements de plus en plus crédibles proviennent rapidement  des services alliés, pointant la responsabilité de l’Iran. […] Le 2 novembre 1983, dans la cour des Invalides, le président Mitterrand rend un hommage national aux victimes de l’attentat du Drakkar. Dans la foulée, informé de l’état des enquêtes, il réunit dans son bureau élyséen son ministre de la Défense, Charles Hernu, son Chef d’état-major particulier, le général Jean Saulnier, et le directeur de la DGSE, l’amiral Pierre Lacoste. Celui-ci reçoit pour ordre de mener une action de représailles contre l’Iran, considérée comme commanditaire de l’attaque du Drakkar. En l’occurrence, la DGSE propose d’organiser un attentat similaire contre l’immeuble de l’ambassade d’Iran à Beyrouth […] Encore aujourd’hui, l’amiral Pierre Lacoste se remémore ses discussions à l’Elysée sur ce sujet ultra-sensible : « Dès le début, j’ai eu la certitude que les Iraniens étaient responsables et je voulais leur donner un coup d’arrêt. Il s’agissait d’une opération de représailles, en l’occurrence un gros attentat contre l’ambassade d’Iran. Il fallait marquer le coup. J’ai proposé le mode d’action, qui a été étudié et mis au point avec le chef du Service Action. Je suis allé voir Mitterrand à l’Elysée et il a approuvé l’opération » Son nom de code : opération « Santé ».

Un commando spécial échoue une première fois

Le Service Action se mobilise immédiatement […] L’ampleur du drame du Drakkar et la pression élyséenne se conjuguent dans l’urgence. Mitterrand veut frapper vite et fort. Depuis la vague d’attentats endurés par la France mi-1982, c’est devenu presque une habitude. L’Elysée exige des opérations clandestines exécutées dans des délais très courts, prenant à chaque fois le risque de dérapages ou de ratés.

Une équipe d’une vingtaine d’agents du SA, essentiellement issue du centre de Cercottes, près d’Orléans, s’embarque à bord d’un Transall à destination de Beyrouth dans la matinée du 5 novembre 1983. Elle est dirigée par le chef du SA, le colonel Jean-Claude Lordblanchès, qui veut conduire personnellement cette opération jugée stratégique et qui reste en contact permanent avec Paris. L’amiral Lacoste suit l’affaire comme le lait sur le feu. « J’ai accompagné les agents du SA jusqu’au moment où ils ont pris l’avion », confie l’ancien directeur de la DGSE.

Pour sa part, Jean-Michel B., un des membres de l’équipe, qui a déjà une dizaine d’années d’expérience au sein du SA, se souvient de l’ambiance qui régnait au sein du groupe en arrivant à Beyrouth, dans une quasi-improvisation. Il a accepté, pour la première fois, d’en parler, sous couvert d’anonymat. « Nous n’avions pas dormi durant les vingt quatre heures qui précédaient, car nous avions été mobilisés la nuit précédente par les préparatifs, puis par le voyage de jour, dit-il. La fatigue commençait à se faire sentir. Nous avions du stress et une pression énorme. Nous savions que Mitterrand voulait absolument faire quelque chose avant les Américains. L’objectif, l’ambassade d’Iran, avait été choisi très rapidement. Et il n’y avait pas eu de reconnaissance préalable suffisamment précise sur place.»

[…] personne n’a le temps de vérifier le bienfondé des renseignements avant d’intervenir. Car, aussitôt débarqués le 5 novembre, les hommes doivent lancer leur opération dans la nuit. Les instructions sont formelles.

Circulant dans des Jeep empruntés à l’armée française présente à Beyrouth, les agents se rendent près de l’ambassade d’Iran vers trois heures du matin, le 6 novembre, en se faisant passer pour une simple patrouille nocturne de soldats. Ils ont emporté les explosifs, qui ont été répartis en une douzaine de charges. Le mode opératoire a été choisi de manière à détruire complètement l’ambassade, comme le révèlent Jean-Michel B. et Paul C., un autre membre du commando qui a bien voulu confier quelques souvenirs : l’équipe doit installer les charges dans les sous-sols, en les plaçant dans des boudins de plastique sur les piliers soutenant le bâtiment, de manière à ce que l’explosion provoque l’effondrement complet de l’immeuble. Les dégâts prévisibles devaient été considérables. Paris voulait envoyer un message clair à Téhéran sur l’application de la loi du talion. Mitterrand a donné également pour consigne d’éviter les dommages collatéraux, à savoir des victimes dans les zones habitées aux alentours.

Sur le terrain, le scénario ne se déroule pas comme prévu….

(la suite dans Les Tueurs de la République)

 

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