17
Mar
2019
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Génération Beltrame

Dans le Figaro Magazine du 20 octobre 2018, j’avais fait paraître une enquête sur l’impact de la mort du colonel Beltrame, suite à l’attentat de Trèbes du 23 mars 2018. En interrogeant de nombreux responsables de la gendarmerie, des élus locaux, des dirigeants d’école et d’élèves, je constatais que la mort héroïque d’Arnaud Beltrame avait profondément marqué les esprits. C’est toujours le cas aujourd’hui.

Au-delà de l’hommage national qui lui a été rendu le 28 mars 2018, et des célébrations qui auront lieu en mars 2019 pour le premier anniversaire des attentats de Trèbes, des centaines de lieux portent déjà son nom et plusieurs ouvrages lui sont consacrés. A mon sens, pour trois raisons essentielles:

le geste héroïque consistant à prendre la place d’une otage en risquant sa vie n’est pas courant. Même s’il n’est pas conforme aux règles (comme me le rappelle dans l’article le directeur général de la gendarmerie nationale, le général Lizurey), il renvoie chacun à des questions fondamentales sur ce qu’on ferait dans ce cas de figure. Et la réponse n’est pas évidente…

Le parcours et la carrière d’Arnaud Beltrame en ont fait une figure droite et chevaleresque, qui, en dépit de ses échecs, incarne des valeurs auxquelles beaucoup sont attachés.

Enfin les circonstances et le moment de l’attentat de Trèbes ont constitué un tournant, chaque citoyen sentant que le terrorisme islamiste peut désormais frapper partout, mais que l’on peut aussi s’y opposer. Et les soldats morts au combat, sur des théâtres extérieurs, restent inconnus, alors qu’Arnaud Beltrame a eu un visage.

Au-delà de l’émotion, c’est la première fois qu’une telle figure de “héros” transparaît aussi publiquement dans la lutte contre le terrorisme et suscite des vocations, au point qu’on peut parler d’une forme de génération Beltrame en gestation. Reste à savoir si cet effet sera durable et se transformera en action, comme me l’a confié Cédric Beltrame, l’un des frères d’Arnaud.

Dans un message qu’il m’a adressé après la parution de l’article, Cédric Beltrame m’écrit: “Merci pour l’article, tous ceux qui l’ont lu ont trouvé que c’était très bien et reflétait bien l’état d’esprit d’une majorité de français par rapport à l’acte héroïque d’Arnaud et face au futur.”

Pour lire ou relire l’article complet du Fig Mag, c’est ici .  MAG1982_072,

 

Et pour prolonger le sujet, plusieurs ouvrages à lire et découvrir

-Arnaud Beltrame, le héros dont la France a besoin, de Jacques Duplessy et Benoît Leprince, Editions de l’Observatoire (juin 2018), 190 pages, 17€

Ce livre a le mérite d’avoir été le premier à revenir sur l’ensemble des événements tragiques de Trèbes et sur le parcours de l’officier décédé le 24 mars 2018. Ecrit dans la foulée par deux journalistes, il a bénéficié de l’appui, sous forme de préface et postface, de deux personnalités de poids : le général Richard Lizurey, directeur général de la gendarmerie nationale, et Bernard Bajolet, ancien directeur de la DGSE et ex-ambassadeur de France en Irak, où il avait côtoyé Arnaud Beltrame. Une partie des recettes du livre sera reversée à la fondation « Maison de la Gendarmerie ».

-Arnaud Beltrame, gendarme de France, de Christophe Carichon, Editions du Rocher (3 octobre 2018), 224 pages, 16,9€.

Ecrit par un professeur d’histoire, spécialiste des questions militaires, et reposant sur de nombreux témoignages, dont ceux de sa famille, cette biographie détaillée est centrée sur les racines, l’itinéraire, les étapes et les quêtes spirituelles qui ont construit Arnaud Beltrame. Il inclut également des précisions sur la prise d’otages à Trèbes, notamment les échanges d’Arnaud Beltrame avec les forces de l’ordre avant l’assaut. Un ouvrage complet.

Arnaud Beltrame, l’héroïsme pour servir, Mareuil Editions, (31 octobre 2018), 18€.

Signé par un ancien journaliste à l’AFP, expert des sujets de sécurité, ce livre retrace également la vie de l’officier, son rôle à Trèbes et les hommages qui lui sont rendus. Il s’attache surtout à resituer son acte dans l’histoire de la gendarmerie, de ses faits d’armes militaires, depuis la bataille d’Azincourt (1415) jusqu’à l’assaut du GIGN à Marignane en 1994.

-Au nom du frère, de Cédric et Damien Beltrame, Grasset (novembre 2018), 240 pages, 18€

Les deux frères cadets d’Arnaud Beltrame ont décidé de raconter, sans volonté exhaustive, des moments forts partagés : un destin de famille bouleversée, des jeux d’enfance, des marches communes en Corse ou dans les Alpes. Ils livrent un récit personnel sur l’itinéraire de ce « soldat d’exception » que les armes et la violence ne fascinaient pas. Dans la fraternité de sang, puis dans celle liée à sa foi catholique et à son idéal maçonnique, transparaît un homme qui a connu aussi des moments difficiles et qui plaçait l’honneur au-dessus de tout.

-C’était mon fils, de Nicolle Beltrame, avec Arnaud Tousch, Albien Michel (mars 2019), 208 pages, 17€

Prenant la plume, la mère d’Arnaud Beltrame livre aussi un témoignage poignant sur son fils, son engagement, ses valeurs. Elle s’interroge sur les raisons qui ont pu retarder ( de 11 minutes!) l’assaut des forces de police après qu’il ait appelé à l’aide. Elle dit n’avoir aucune haine à l’égard du terroriste, mais seulement de l’indifférence. Elle souhaite surtout qu’il y ait un avant et un après Trèbes. Que la mort de son fils montre à tout le monde que l’on peut se tenir debout face aux épreuves. Un livre courageux.

 

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