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Jan
2017
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C à dire/France 5/ erreurs fatales, ratages et polémiques

Le 6 janvier, j’ai été l’invité d’Axel de Tarlé, pour mon livre Erreurs fatales. Une interview à revoir ici. Les principales réponses, qui portent sur les assassinats ciblés décidés par François Hollande, sont retranscrites ci-dessous.

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Vous êtes journaliste d’investigation et vous publiez Erreurs fatales, chez Fayard. Dans cet ouvrage, vous revenez sur les assassinats ciblés que vous aviez révélés en 2015. C’était dans votre précédent livre. Vous dites qu’il y en a eu au moins quarante. De quoi parle-t-on exactement ? « Ce sont des exécutions décidées par le président de la République, chef des armées, qui visent des chefs terroristes ou des ennemis présumés de la France. Cela peut être des sous-fifres des groupes djihadistes qui ont des intentions nuisibles ou encore des djihadistes français qui ont rejoint l’État islamique. Cela a été le cas en 2015. On a commencé à cibler des djihadistes français pour les empêcher de nous attaquer. On a raté un certain nombre de cibles ».

Signe-t-il la liste dans son bureau ? « Aux États-Unis, il y a une forme d’acte écrit par le président qui, le mardi soir, signe la liste des gens à éliminer. En France, ce n’est pas exactement cela. Il n’y a pas ce côté formel. Le président, de manière arbitraire, approuve un certain nombre d’opérations pouvant être menées par nos services secrets de manière clandestine, ou par les états-majors des armées. Ça peut être des bombes ou des commandos au sol. Ils peuvent même avoir des logiciels de reconnaissance faciale pour identifier de manière précise les cibles et passer à l’action ».

Vous racontez qu’il y a des dommages collatéraux, parfois, notamment au Mali, où le fils d’un djihadiste, âgé de 10 ans, a été… « C’était pour sauver un agent de la DGSE retenu en otage. Lors de ce raid, il y a eu des dommages collatéraux de civils qui ont été tués. Ce sont des choses qui ne sont pas très racontées ».

Est-ce légal ? Au Mali, en Irak, ou dans le cadre d’une légitime défense, on peut déclarer que l’on a été attaqués et qu’on a le droit de répliquer. C’est ce qu’ont fait les États-Unis après les attentats du 11-Septembre. « C’est ce que nous avons fait en Syrie et en Irak après le 13-Novembre. L’État islamique n’est pas un vrai État. Il y a un flou juridique. Les états-majors rechignent à avouer publiquement qu’ils font des frappes nominatives. On préfère dire qu’on cible des camps d’entraînement ou des objectifs logistiques ».

Vous dites que les juges considèrent que François Hollande a rétabli la peine de mort à l’étranger, sans jugement. On décide de tuer des gens qui ont le passeport français, car on les soupçonne de pouvoir commettre des actes djihadistes. « Deux journalistes de RFI ont été tués en 2013. Les juges travaillent pour essayer de retrouver les commanditaires. Les militaires ont exécuté un certain nombre de commanditaires présumés de ces journalistes ».

Il faut le dire, si on le fait par vengeance. « Il y a une forme de communication par les militaires. Il y a eu un peu de communication. François Hollande veut communiquer. Il veut montrer qu’il est un chef de guerre ».

Vous révélez même le surnom qu’on lui donne. C’est « François Homeland ». « C’est le côté un peu sécuritaire ».

Ce n’est pas l’image que l’on en a. « Il veut corriger cette image de mollesse et d’indécision qu’il a eue pendant le quinquennat. Il veut passer pour un chef de guerre implacable. Il a dit publiquement que toute attaque contre la France donnerait lieu à une réplique ».

Beaucoup lui reprochent d’avoir raconté cette histoire aux journalistes du Monde. « Il voulait s’en servir politiquement pour une éventuelle réélection, ou passer dans l’histoire pour quelqu’un qui a tenu bon sur ce front. Il a fait ces confidences pour cela. J’écris qu’on est à la limite de l’exercice, et qu’on a peut-être franchi un certain nombre de lignes jaunes ».

Des sondages ont été faits auprès d’internautes. Ils montraient que 91 % d’entre eux étaient en faveur de ces actes ciblés contre les terroristes. « Il y a la question du droit. Tout le monde pense que c’est légitime. Si on a une enquête judiciaire, si ces personnes sont poursuivies par la justice française, est-on en droit de les éliminer d’un autre côté ? François Hollande a choisi la surenchère militaire ».

Il a l’air de dire que François Hollande aurait dû garder cela secret. C’est secret Défense ? « Oui. Il a l’air de reprocher au président d’avoir trop parlé. Il veut se démarquer de cet héritage ».

Est-ce efficace ? Est-ce que l’on se débarrasse de gens dangereux ? « C’est la grande question. Quand on regarde ce qu’ont fait les Américains, avec plus de 3000 personnes éliminées par des assassinats ciblés, est-ce que cela a éradiqué le terrorisme, affaibli les Talibans, éradiqué Al-Qaïda ou Daech? Cela désorganise l’ennemi, mais est-ce suffisant pour gagner une guerre ? La réponse est non. Cette surenchère militaire peut masquer une absence totale de diplomatie et de politique en matière d’antiterrorisme ».

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