10
Juin
2026
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Violences sexuelles sur mineurs: l’étrange amnésie du ministre Darmanin

L’affaire Lyhanna, déclenchée par l’assassinat début juin de cette fillette de 11 ans par un suspect, qui était déjà visé par des plaintes pour des violences sexuelles présumées sur mineurs, lesquelles n’avaient pas été traitées correctement, indigne l’opinion sur les défaillances de l’institution policière et judiciaire à prévenir ces crimes. Aussitôt, le Garde des Sceaux, Gérald Darmanin, sur la défensive, a exigé que soient passés au crible dans tous les tribunaux de France des 70 000 affaires de cette nature restées en souffrance ces derniers temps. Et l’exercice a révélé, mi juillet, plusieurs centaines de cas graves, qui ont conduit à l’incarcération préventive de plusieurs centaines de suspects.

Mais cette mobilisation suite à ce drame ne peut faire oublier que le problème du traitement des plaintes dans les commissariats, les gendarmeries et les tribunaux n’est pas nouveau. Et le ministre de la Justice, Gérald Darmanin, a bien la mémoire courte, lui qui fut en place au ministère de l’Intérieur durant plus de cinq et n’a pas fait grand chose pour endiguer un phénomène dénoncé de longue date par les spécialistes de la police judiciaire.

Déjà, l’assassinat, le 4 mai 2021, de Chahinez Boutaa, brûlée vive par son mari alors qu’elle avait prévenu la police de Mérignac des menaces qui pesaient sur elle, avait provoqué le même type d’indignation et une mobilisation soudaine des ministres de l’Intérieur et de la Justice. Pour éviter le « syndrome de Mérignac », Gérald Darmanin et Eric Dupond-Moretti avait donné des instructions urgentes afin de faire, toutes affaires cessantes, un audit de tous les dossiers de violences sexuelles et familiales restés en souffrance. Comme je l’avais révélé dans mon livre « Le côté obscur de la force », le bilan était désastreux: le nombre de dossiers en stock, non traités, était alors de 42 000 dossiers. Oui, 42 000 affaires dormant dans les tiroirs, sans aucun suivi ni enquête, dont des viols, des violences intrafamiliales graves…

Quelques mois plus tard, je consultais des documents internes à la police nationale indiquant que le montant total des affaires « en stock » au sein de la police et de la gendarmerie atteignait 2,63 millions de plaintes fin 2021. Et la montagne a continué de grimper à 2,7 millions de procédures en stock fin 2022, comme l’a établi un rapport confidentiel des inspections de la police et de la justice (daté de juin 2023, révélé par le Monde, cité dans mon édition de poche paru en avril 2025 – accessible ici, 2023 06 IGA Rapport stock DGPN – et republié par Médiapart ces derniers jours). Ce rapport soulignait que 40% de affaires en stock avaient plus de deux ans! Et les experts expliquaient que si rien n’était fait dans les mois et années à venir, le stock allait continuer de grossir.

Que s’est-il passé depuis ces audits alarmistes? Pas grand-chose. La filière de la police judiciaire est toujours en crise grave, les logiciels de traitements des procédures n’ont pas évolué, les moyens dévolus aux enquêtes et aux affaires de violences sexuelles et familiales n’ont pas été à la hauteur. La « découverte » de ces problèmes et de ces stocks d’affaires oubliées suite à l’affaire Lyhanna relève de l’ironie tragique.

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